
Je ne suis pratiquement jamais à l’origine du choix d’un film au cinéma. Non pas que je suive bêtement mon petit copain ou mes amis, mais je me laisse volontiers et volontairement embarquer dans l’univers, les goûts et l’envie de l’Autre, d’un autre. Et j’en suis rarement déçu.
J’ai toujours cette impression de m’être ouvert à autre chose. D’avoir élargi mon esprit, ma vision du monde. Et surtout d’en sortir chaque fois plus différent. Parce que je sors toujours fortement imprégné d’une salle de ciné. Fortement imprégné par ce que je viens de voir. Par ce dans quoi je viens de plonger parfois complètement.
Rhoda Williams est une jeune fille brillante et passionnée d’Astronomie. Elle rentre chez elle, un soir, après avoir fêté la nouvelle de son entrée au MIT (Massachussetts Institute of Technology). Sur la route, elle entend, à la radio, cette nouvelle incroyable d’une planète s’approchant de la Terre et se penche par la fenêtre de sa voiture pour l’apercevoir. Complètement absorbée par ce point bleu dans le ciel, sa voiture percute de plein fouet la voiture de John Burroughs et tue sa femme enceinte et son fils.
Quatre ans après, la mystérieuse planète est maintenant ancrée dans le ciel, et, fait surprenant, il s’agit de la copie exacte de la Terre. Dans un climat général de premier contact avec cette Terre-Mirroir, Rhoda sort de prison et décide de présenter ses excuses à John, sorti du coma et sombrant dans la dépression.
Appelé très injustement et bêtement « le Melancholia du pauvre », Another Earth de Mike Cahill est un film particulier que j’ai trouvé intelligent et beaucoup plus intéressant que le film de Lars Von Trier. Si effectivement côté budget, Another Earth se rapproche plus de mon découvert et si, il faut le souligner, du point de vue de la photographie Melancholia était superbe là où Another Earth fait vraiment amateur, j’ai vraiment apprécié le propos du film, l’histoire des deux personnages et de cette Terre Mirroir, semblant observer du ciel, les choix des protagonistes.
Another Earth est une véritable réflexion sur les Choix de chacun, les conséquences et, en suspend ce « et si ? ». Et si mon Moi sur cette planète n’avait pas fait d’erreurs ? Avec cette scène finale qui m’a donné la chair de poule tant je suis sensible sur ces histoires de Terre-Miroir, mondes parallèles, doubles etc.
Mais le film est aussi ce lien particulier unissant ces deux personnes complètement détruites et désynchronisées de la société. Elle, pourtant brillante, ne souhaite à sa sortie de prison, ne faire que des ménages et (sur)vivre simplement. Lui, à sa sortie du coma, s’enlise dans la dépression et le désordre. Et ce lien très fragile risquant de se rompre brutalement à n’importe quel moment du film, s’il venait à découvrir que c’est Elle qui lui a détruit la vie.
Et si ? Je me suis souvent posé cette question. Moins depuis quelques temps, je dois l’avouer. Moi qui avais pour mauvaise habitude de vivre au passé, d’être prisonnier de réminiscences, de souvenirs et de nostalgie, j’ai de plus en plus l’envie et le réflexe de me projeter. Penser à l’avenir, non plus comme un rêve ou des envies mais de plus en plus comme quelque chose de concret.
Je suis aussi une véritable machine, mon cerveau analysant à chaque seconde, chaque minute, chaque moment, la moindre de mes actions, et les conséquences qui peuvent en découler. Rien n’est jamais le fruit du hasard avec moi. Tout est réfléchi malgré l’apparente impulsivité de certaines de mes décisions.
Et je n’ai jamais de problèmes ni de honte à changer de chemin, bifurquer, faire un pas en arrière pour en faire deux en avant si je m’aperçois que la route que j’ai prise n’est pas la bonne. Je reste persuadé que si la route n’était pas la bonne, la décision de la prendre, si. Et je ne regrette, de ce fait, jamais une décision. La vie m’a prouvé qu’il y avait une raison pour chaque chose. Il suffit d’attendre.
Je ne regrette rien. Je ne pense pas au « et si ? ». J’ai quitté les garçons en début d’année comme j’avais quitté bien d’autres garçons avant eux. C’était une décision murement réfléchie et je ne regrette absolument pas de l’avoir fait. Mais je ne suis pas qu’une machine, il y a en un qui m’a toujours plus manqué que les autres. Et je ne regrette pas non plus de lui avoir envoyé un message, il y a quelques jours. Maintenant que ce soit réciproque ou non, qu’il ait fait tourner ce message ou pas, qu’il y ait une suite à cette prise de contact ou non, je ne le regretterai pas, je le sais.
Une fois que c’est fait, c’est fait. Et j’avais envie de le faire. Je me rappellerai toujours d’une phrase que m’avait, un jour, dit Jolies Lèvres « si je pouvais changer quoique ce soit dans le passé, je ne changerais rien, parce ça m’empêcherait peut-être de te rencontrer ». Et si, aujourd’hui, cette phrase résonne plus pour le garçon dont je suis amoureux, elle reste vraie. Envisager un « et si ? », c’est oublier que le présent découle de choix, d’actions, de bonnes et de mauvaises choses. Et que changer l’une de ces choses, c’est changer le présent.
Alors pas de « et si ? » pour moi. Juste des « maintenant, que fait-on ? qu’envisage-t-on ? ». Et surtout pas de regrets.
Bon, je me demande quand même ce que fait mon double, là maintenant, tout de suite ? hu hu. Est-ce qu’il prend le train pour Bruxelles, lui aussi ?