La Convergence – le Triple Anniversaire.

J’avais reçu une invitation Facebook pour l’anniversaire joint de Jolies Lèvres et deux de ses amis. Mais j’étais décidé à ne pas y aller.

Comme il s’agissait d’un évènement dans le petit monde des pédébloggueurs, tout le monde se préparait à y aller. Et je recevais des messages d’amis communs me demandant si je viendrais.

Mais. Je n’avais qu’une envie. Leur écraser la tête avec mon pied jusqu’à ce qu’ils réalisent ce qu’ils étaient en train de me demander.

J’avais l’impression qu’un mois après, les gens avait complètement oublié mon histoire avec Jolies Lèvres. Hormis celui qui m’a invité et une autre de ses amis, personne n’avait réellement pris de mes nouvelles. C’était comme si nous n’étions jamais sortis ensemble.

Les relations entre garçons allaient-elles aussi vite ? Aussitôt terminées, aussitôt oubliées ?

J’allais finir par comprendre pourquoi.

Quelques jours avant la soirée, je recevais un email de Jolies Lèvres. Très froid, comme il l’avait d’ailleurs été depuis la rupture. Il m’annonçait avoir appris que j’étais invité. Mais surtout qu’il se devait de m’avertir qu’il sortait à présent avec quelqu’un.

Et que ce quelqu’un n’était pas n’importe qui.

J’avais passé les derniers mois de notre histoire à me dire que je n’étais pas fait pour lui et qu’il ferait mieux de sortir avec quelqu’un comme ce garçon. Un garçon intelligent et beau avec une jolie situation. Et non pas un simple vendeur comme moi incapable d’aller en vacances avec lui.

Et d’un seul coup. A la vue de ce prénom dans cet email. J’avais compris.

Je n’étais pas simplement remplacé. J’étais écrasé.

Comme lorsque l’ordinateur vous demande si vous voulez « écraser » un fichier. Vous n’existerez plus. On ne gardera que la dernière version. Je ne représenterai plus rien. Les gens avaient zappé que nous étions sortis ensemble parce que cette combinaison-là était plus belle. Meilleure.

Et personne ne gardera de souvenirs de la notre. Ni même ne la regrettera.

Et si Jolies Lèvres demeurait l’une des mes histoires les plus importantes. Moi, non.

Terrible écho à ma relation avec l’Homme à la Bouteille. Ou comment ce dernier en rompant avec moi avait fini par me qualifier de pluie fine au milieu d’une tempête (sa rupture précédente et toute fraîche).

Je ne serai jamais exceptionnel.

Ce weekend-là. Je me suis donc enfermé. Chez moi et à l’intérieur de moi. Pensant que mes murs étaient imperméables et que je serai à l’abri.

Mais nul n’est véritablement à l’abri de Facebook. Et en 2009, nous commencions tout juste à le comprendre.

La Convergence – Le Fantôme

Au début de notre histoire. J’étais quelque peu perdu dans la bataille de mes émotions.

J’avais à la fois le coeur en miettes à cause de la rupture et des papillons dans le ventre grâce à ma rencontre avec Kévin Bacon.

J’essayais de concilier les deux du mieux que je pouvais. Mais c’était une catastrophe. Je passais d’un moment de tristesse à un moment de joie en quelques secondes. Et je culpabilisais vis à vis de Kévin Bacon.

L’attitude des gens et les questions que l’on me posait ne m’aidaient pas non plus. On ne cessait de me poser LA question.

Est-ce que j’étais amoureux ?

Je me sentais harcelé et incompris. Comment pouvait-on me poser cette question quelques jours après ma rencontre avec lui alors même que je venais de me faire larguer ? Les gens n’avaient-ils aucune idée des mécanismes intérieurs que j’étais en train de vivre ?

Faire le deuil d’une relation et à la fois s’ouvrir à une nouvelle ne pouvait pas se faire en un mois.

Je ne vivais déjà pas bien le fait de devoir vivre les deux à la fois. Je ne pouvais pas en plus gérer les regards, avis et conseils des gens sur cette nouvelle Relation.

Alors pour me protéger, j’ai volontairement caché Kévin Bacon. Je l’ai rendu invisible. Pas de photos. Peu de choses à raconter sur lui. J’ai mis une énorme cloison autour de lui pour que rien ne vienne perturber cette histoire.

J’ai littéralement compartimenté ma vie. Je ne l’ai présenté à personne. Et je l’ai tenu à l’écart de mon coeur brisé. Tout était déconnecté.

Je diminuerai progressivement le volume de mon histoire avec Jolies Lèvres et augmenterai progressivement celui de mon histoire avec Kévin Bacon.

Progressivement. C’est ce que j’étais décidé à faire. Jusqu’à ce que je sois obligé de couper le son brutalement.

La Convergence – Kévin Bacon.

On a décollé du Starbucks et on a marché un petit peu ensemble. C’était une amie du Beau Brun et elle s’inquiétait pour moi. Je lui ai demandé comment rejoindre la Place Monge. Mais elle s’était trompée d’itinéraire.

J’ai pris le métro seul – absolument pas dans la bonne direction donc. Et ai mis du temps à m’en apercevoir.

Nous avions rendez-vous à 18 ou 19h. Mais j’arriverai bien plus tard. En voulant corriger mon chemin, je m’étais encore plus éloigné. Puis avait pris un autre métro à contresens.

Je me demandais si ce n’était pas un signe. Est-ce que je devais réellement rencontrer ce garçon ? Est-ce que j’étais prêt ?

On s’envoyait des messages et je pense qu’il avait du mal à croire que je me sois complètement perdu – et si cela se reproduisait, aujourd’hui, après dix ans, je pense qu’il ne serait plus étonné.

J’ai fini par le rejoindre. J’ai pris le long escalator de la station. Et une fois en haut, j’ai tourné la tête vers la droite et l’ai vu. Il m’attendait sous la pluie.

C’était un Homme. Il portait une veste en cuir et le Mâle de Jean-Paul Gaultier. Mais la nuance sur lui était tellement agréable. Je crois que je percevais déjà l’odeur de sa peau.

Nous avons été boire un verre au Bateau Ivre puis la pluie nous a conduit à nous abriter sous l’entrée d’un immeuble quelques instants.

J’étais très attiré par Lui. C’était chimique et incontrôlable. Nous nous sommes embrassés rue du Père Teilhard de Chardin.

Nous nous sommes ré-embrassés dans le hall de son immeuble pour nous dire au revoir. Et je suis rentré après une dernière promenade.

J’étais terriblement excité. Dans tous les sens. Et l’espace d’un moment, j’ai oublié que j’avais le coeur brisé.

La Convergence – les Fins.

Sur ce quai de la 13. Alors que je ne suis plus sous la protection de l’Architecte, j’aperçois un visage familier.

Il disparait du quai d’en face et se présente devant moi. Et ça fait mal.

Lorsque j’ai quitté l’appartement de Jolies Lèvres juste après la Rupture, il m’avait demandé de l’appeler. D’appeler Le Garçon aux yeux de couleurs différentes.

J’avais jusqu’à présent toujours géré ma vie seul. Habitué à ne partager avec mes ami.e.s que mes jolis moments et à écrire les plus tristes.

Et en rentrant ce soir-là, j’avais suivi son conseil. Mais le Garçon aux yeux de couleurs différentes avait vite raccroché, complètement dépassé, et j’avais regretté de m’être montré en besoin de réconfort. C’était maintenant notre fin à nous.

Là sur le quai de la 13, au retour de Barcelone, à l’endroit même où je l’avais appelé. Il était posté devant moi. Et je n’arrivais pas à le regarder dans les yeux.

On s’est parlé quelques minutes. Mais j’étais mal. J’avais fait le malin à ne pas réellement répondre à ses messages. Et il était devant moi. A s’inquiéter.

Il a toujours expliqué que s’il avait raccroché aussi maladroitement ce soir-là c’est parce qu’il était tellement triste pour moi qu’il ne savait pas quoi faire. Mais je ne lui avais jamais pardonné.

Je peux le dire aujourd’hui. Je l’ai maltraité.

J’ai maltraité ce garçon. Et Dieu sait que je l’aimais beaucoup. Mais j’en voulais tellement à tout le monde que les semaines qui ont suivi, j’ai fini par faucher tout mon champs d’amis.

J’ai pris rendez-vous avec chacun d’entre eux. Et j’ai rompu. Ou, pour certains, essayé.

Certains se sont défilés avant le rendez-vous.

Comme le Grand Blond qui avait fini par twitter – « Préfère aller diner avec des amis plutôt que de se faire larguer ». Et d’autres avaient préféré m’affronter et m’exploser à la gueule les vérités qui changeront ma façon de (me) penser. « Tu es Egoïste, Egotiste, Egocentrique ».

J’étais devenu ce tout à l’égo monstrueux qui avait décidé de blesser tout le monde. La haine et la tristesse me rongeaient l’estomac.

Et je le calmais à coup de frappucinos glacés au Starbucks de la Rue des Archives.

Jusqu’à ce 14 Mai où après une dernière boisson sucrée, j’étais parti à la rencontre de celui que j’appellerai plus tard, Kévin Bacon.

La Convergence – l’Architecte.

Les semaines qui ont suivi ont bouleversé mon paysage relationnel.

J’avais d’un côté les Filles. Mes meilleures amies depuis longtemps. Que j’ai volontairement écartées de mon processus de guérison post-rupture.

Et les Garçons. Le groupe né de nos rencontres entre pédébloggueurs. Sur lequel je comptais pour me remettre sur pied.

J’étais devenu violent. Pas dans ma conduite ni mes actes mais dans mes mots/maux. Quelque chose me dévorait le ventre. Ulcère ou colère. J’étais décidé à tout garder à l’intérieur pour ne blesser personne.

C’est amusant. Comme dans ce genre de situation, les ressources que l’on attend ne proviennent pas de ceux que l’on aurait cru.

Alors que mon harem de copains échouait à m’apporter son soutien – absorbés par leurs propres problèmes. Un garçon m’a recueilli et fait dormir dans son lit.

Il m’apaisait.

J’étais dans une bulle protectrice chaque fois que je retrouvais l’Architecte. Et je ne voulais pas en sortir. Pour me protéger, j’ai d’abord coupé le contact avec les autres.

Je me souviens d’un soir où, bourré, qui vous savez, m’avait envoyé des messages enflammés. « You’re my number one ».

J’étais à la fois flatté ET content de montrer que je n’étais pas fou. Cette relation n’était pas tordue que dans ma tête. L’Architecte pouvait maintenant le certifier.

Nous sommes partis en weekend à Barcelone pour le 1er Mai. Enfin. Ce n’était absolument pas prévu. Décidé à la dernière minute. Et tellement dispendieux. Mais j’avais tant besoin de m’échapper et surtout de rester avec lui dans cette bulle apaisante.

Dans l’avion du retour. Seul. J’ai craqué. Et j’ai finalement pu pleurer tout ce que j’avais gardé en moi depuis la rupture.

J’ai pleuré tout le long du vol. Mes voisins de siège, sur les deux rangées, m’ont offert mouchoirs et tendresse. Et je me souviens de l’hôtesse complètement désemparée lors de la démonstration des consignes de sécurité lorsqu’elle m’a vue en larmes.

J’avais tout lâché.

Et avec ma valise pourrie, sur le quai de la 13. Je ne m’attendais pas à tomber sur lui.

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