Cosmo-Musicologie, Multivers du Moi

Beur-Boy’s infinite playlist – part I.

On a tous une playlist de chansons et musiques qui nous sont chères. Qui résonnent en nous. Qui font bien plus que de nous faire battre le rythme ou fredonner.

Il y a des chansons que j’aime tellement. Tellement. Que je suis persuadé les avoir déjà entendues ailleurs. Car le lien est si fort que je me refuse à croire qu’il s’agisse juste d’une coïncidence.

J’ai une théorie un peu cosmique. Je pense que les chansons de ma playlist on se les partage avec mes autres moi·s. Et que, partout et dans chaque réalité, elles sont importantes pour Nous aussi.

Une sorte de multivers de goûts similaires. Et que, pour avoir le coup de foudre ici, il faut que tous·x·tes* nous ayons eu le même coup de foudre ailleurs.

Et ma question est : si tu ne devais emporter que dix chansons avec toi pour un voyage dans l’Espace, quelles seraient les élues ?

Et toi ? Quelles seraient les tiennes pour un voyage sans retour intersidéral ?

* oui je reste persuadé que je ne suis pas un garçon partout. Parfois même, pas une fille non plus.

Le Garçon aux Pieds Nus

Bonne Fête, Papa.

Cela fait maintenant trois mois que mon Père nous a quitté.

Et je trouve le Monde un peu plus triste sans Lui. C’était une belle personne. Il ne sortait jamais sans son béret. Se posait avec les petits vieux au parc. Rentrait à la maison avec le pain. Et prévoyait toujours une bouteille de coca les jours où je venais.

On avait le même groupe sanguin – mes frères ont celui de ma Mère. Je tiens de lui mon côté dans la lune. Mon amour des longues balades. Ma calvitie, bien évidemment. La forme de mes sourcils. Et cette politesse qui lui valait d’être apprécié et traité en prince partout.

Il était follement amoureux de ma Mère. Et c’est la seule dont il arrivait encore à se souvenir à la fin.

On discutait de Coming Out avec un ami du volley. Et je lui disais que je ne l’avais jamais fait à mon père. À ma Mère et mes frères, oui. Mais pas à Lui.

Je ne le regrette pas. Je ne le voyais pas comme nécessaire. Plusieurs générations nous séparaient mon Père et moi. Nous étions nés dans deux pays et deux cultures différentes à un peu plus de quarante années d’écart. Je n’avais pas peur de sa réaction. Je respectais simplement ce voile de pudeur appliqué à toutes les choses relevant de l’Intime.

Mon Père savait quelle personne j’étais. J’avais de la chance. Un garçon bien. Un bon fils. Et pour moi c’était suffisant.

Là où il est aujourd’hui, il doit maintenant comprendre quel était ce beau garçon aux yeux bleus qui venait souvent à la maison et qu’il avait coincé entre quatre yeux pour lui parler de longues minutes de l’Algérie.

C’est Kévin Bacon, Papa.

Je pense souvent à Lui. Comme quand, il y a quelques jours, j’ai vu ce superbe jeans bien déchiré en magasin. J’ai souri et l’ai reposé en me disant qu’il ne l’approuverait pas. Qu’il me dirait que c’est un peu honteux de mettre un jeans troué et qu’il me montrerait l’un des siens. Brut et simple. Comme Lui.

C’est comme cela. Il guidera mes choix encore un moment. Rappelons qu’il est le seul à avoir toujours validé ma façon de m’habiller très personnelle et à ne jamais avoir rien dit sur mes shorts très courts – objet de controverse par excellence à la maison.

Encore aujourd’hui, je dis que je vais « chez les/mes Parents ». Comme une façon de le faire vivre encore longtemps.

Parce qu’Il vivra encore longtemps.
Bonne fête, Papa.

Journal de Bord Éternel

Beur-Boy 16.

C’est à Saint-Jean-de-Luz. En 2006. Que m’est venue l’idée de créer Beur-Boy.

Je tenais alors déjà un blog très personnel depuis longtemps, véritable journal intime en ligne. J’y racontais ma petite vie dans laquelle rien ne se passait réellement. Juste cent coups de foudre à la minute et mille désillusions. J’étais Lonely in Gorgeous, du nom de la chanson de Tommy February6 et mon pseudo était une référence à Pavel Novotny, apollon du porno gay des années 2000.

Mais j’avais l’impression de ne pas être complet. Il me manquait quelque chose.

J’avais ressenti, à l’époque, le besoin de créer quelque chose qui me corresponde à 100%. Qui embrasse toutes mes identités. Tout ce que je pensais (devoir) être alors. Un jeune homme gay, de couleur et de banlieue. Et ce quelque chose devait aussi me permettre d’être plus cru – ce que je m’interdisais alors car mon blog était lu par mes amies.

Et c’est ainsi qu’à l’été 2006, à Saint-Jean-de-Luz, alors que j’étais en vacances avec Cayetano, qu’est né Beur-Boy.

À mon retour. Je me suis immédiatement inscrit sur Blogspot. Et j’ai commencé à y écrire sous ce nouveau nom.

Ce n’était pas (encore) un journal intime. Juste un amas nébuleux de ce que j’aimais, de ce que je regardais, de ce que j’écoutais et de ce que je transpirais comme fantasmes. J’y parlais de tout. De garçons, de porno, de Beyoncé,… J’y postais des dessins et des photos olé olé.

J’avais lâché sur internet, à force de toujours être un gentil garçon lisse et propre sur lui, une sorte de monstre, nourri par mes frustrations. Dr. Jekyll & Mr. Hyde.

Et ça a marché. J’ai été suivi. Commenté. Et fantasmé.

Mais derrière cet écran, j’étais, en réalité, un jeune homme candide, incapable d’être un tantinet casual au sujet du sexe. Je devais composer. Toujours surjouer.

Beur-Boy était un nom bien trop large et sulfureux à porter pour moi.

J’ai joué le rôle. Jusqu’à ce que, petit à petit, je réussisse à diluer le tout. À l’affiner. Beur-Boy {X} est devenu Beur-Boy {Intime} (2007). Et l’Intime a disparu quand, enfin je pus accorder le tout et être réellement moi-même derrière le clavier.

Et alors que je reviens tout juste de Saint-Jean-de-Luz, où Cayetano s’est marié, j’ai repensé à tout cela.

Mon blog précédent avait été comme une fenêtre sur le monde. Beur-Boy a été une porte. M’enjoignant à sortir de ma Forteresse de Solitude. À aller à la rencontre des autres. Les pédébloggueurs. Les Garçons. Comme je les appelle encore souvent ici.

C’était dans un autre espace-temps. Les réseaux sociaux n’avaient pas encore tout détruit. L’Instantanéité et les Algorithmes ne jouaient pas contre nous. Nous nous appliquions à écrire nos billets. D’humeur ou d’humour. À nous répondre. À interagir les uns les autres. À raconter nos histoires. À partager des parties de nous que nous ne dévoilions pas in real life.

Seize ans plus tard. Les Temps ont changé. Il reste une poignée de ces pédébloggueurs. Sommes-nous des survivants ? Où d’incorrigibles nostalgiques s’accrochant à une période révolue ? Période qui touchait déjà à sa fin lorsque je suis arrivé ?

Peu importe. Peu importe comment nos histoires ont fini. Peu importe même, les réactions lorsque je dis que j’écris toujours sur mon blog.

Beur-Boy a été très important pour moi. C’est mon endroit. J’y suis toujours revenu. Et j’y reviendrai toujours.

C’est mon endroit.

*

Voici quelques photos que j’ai retrouvées. Si j’utilise aujourd’hui un gif pour accompagner chacun de mes billets, à l’époque par contre, je partageais volontiers des photos. Et j’étais particulièrement dévêtu, c’est incroyable.

  1. Capture d’écran de Beur-Boy {X} datant de Juillet 2007.
  2. Capture d’écran de Beur-Boy {Intime} datant d’Octobre 2007.
  3. Capture d’écran de Beur-Boy {Intime} datant d’Octobre 2007.
  4. Capture d’écran de Beur-Boy {Intime} datant d’Octobre 2007.
  5. Capture d’écran du blog de Baron Rouge la fois où il avait écrit ses billets en utilisant le style de chaque pédébloggueur. Barry nous a quitté il y a quelques années et j’ai un trou dans mon coeur.
  6. Cette barre de chocolat avait été léchée par Thanos. Pédébloggueur incontournable.
  7. J’étais célibataire, mince et impudique.
  8. La bouteille à la mer que j’ai lancée dans un de mes billets et qui m’a permis de rencontrer L’Homme à la Bouteille.
  9. J’ai toujours ce slip, plié dans un tiroir. Faire offre. hu hu
  10. Ma participation au calendrier des pédébloggueurs. J’adorais ces idées, comme celle des cartes postales.
  11. Photo de la Marche des Fiertés de 2008 prise par Peio.
  12. Mon réveil après le Plan K. Grand moment de l’été 2007 ou comment je suis rentré chez mes Parents avec pas moins de cinq suçons dans le cou.
  13. Je ne sais pas si à l’époque je mettais autre chose que ce slip et ces converses.
  14. Sensitif avait parlé de moi. J’étais touché donc forcément -> photo dénudée.
  15. La marque Vilain Garçon m’envoyait des T-shirts. Influenceuse avant l’heure.
  16. J’avais posté cette photo pour illustrer un billet sur mon bain. *gêne*

Quelle époque.

Le Garçon aux Pieds Nus

Le Printemps s’est éteint.

C’était il y a deux semaines. Un appel de ma Mère à 4h45. Et un « oh non » avant même de décrocher.

Car je le savais. C’était l’appel que je redoutais. Que nous redoutions tous.

J’ai passé la journée suivante à tenter d’avoir un billet pour l’Algérie. Ma Mère y avait emmené mon Père il y a un mois. C’est le choix qu’il avait fait. Mourir et être enterré là-bas. Je n’ai malheureusement pu embarquer que le lendemain, manquant de ce fait l’enterrement. (Les enterrements musulmans se faisant de manière toujours très rapide.)

Mon Père nous a laissé, ma Mère, mes deux Frères et moi. Chacun gérant ses émotions à sa façon. Après ces dernières années à le voir partir avec Alzheimer. Cette maladie monstrueuse. Et fulgurante dans son cas. Ma Mère et mes Frères exprimant parfaitement ce qu’ils ressentent. Par la tristesse ou la colère. Ou même cette petite pointe de soulagement suite aux dernières semaines compliquées et à son état de santé général qui ne tenait plus à rien.

Et puis, il y a moi. Moi, comme toujours. Incapable d’avoir une réaction normale. Le Robot.

Il m’a fallu prévenir mes amis. Sans savoir quelle formule utiliser. Répondre aux personnes qui m’exprimaient leurs condoléances. Sans m’agacer devant celles qui pleuraient sa mort alors que je n’y arrive même pas.

Hier encore, une voisine de mes parents me disait qu’elle avait beaucoup pleuré en apprenant son décès. Et elle m’a laissé sur le pallier. Me demandant encore pourquoi je n’étais pas normal.

La première nuit en Algérie, alors que je m’assoupissais. J’ai senti quelqu’un me faire un baiser sur l’oeil droit. C’était léger et réconfortant. Je me suis aussitôt réveillé mais il n’y avait personne. Je dormais là où mon père s’était éteint la veille. Alors je n’avais aucun doute. C’était Lui.

Il n’avait pas plu depuis l’automne dernier dans notre région là-bas. Mais à sa mort, les averses sont revenues. Et pendant une semaine, la pluie et les accalmies se sont alternées. Alors qu’à Paris, c’était plein soleil.

Son prénom signifiait « Printemps » en arabe. Et c’est à quelques jours du Printemps, quelques heures après son anniversaire, que mon Père s’est finalement éteint.

Je l’aimais énormément.

Les Garçons, Psithurisme Nostalgique

Ce serait tellement plus simple si les Garçons étaient des plantes.

Je crois que j’ai remplacé les Garçons par des plantes.

C’est ce que je me suis dit tout à l’heure. Quand. Pour la première fois de ma vie, j’ai pensé que j’en avais trop.

Je dis cela parce que je me souviens que je n’en avais pas autant avant. Comme beaucoup. J’ai commencé avec un petit ficus de chez Ikea. Benjamin. Mais il n’a pas duré longtemps.

La plus ancienne de mes plantes remonte à 2009. J’avais acheté deux plantes près de mon travail. Un zamioculcas zamiifolia et une fougère. De tous petits bébés.

La fougère s’est mise à sécher quand ça n’allait pas bien et est morte peu après la rupture. Je reste persuadé qu’elle avait pressenti la fin de mon histoire avec Jolies Lèvres.

Je ne pensais pas avoir la main verte. Mais d’une seule plante je suis aujourd’hui arrivé à 34. Oh, il y a bien eu des pertes. Mais je crois que nous avons trouvé comment nous entendre elles et moi.

Ce que, aujourd’hui encore, je n’arrive pas à faire avec les garçons qui entrent dans ma vie en quête d’amitié.

Entre nous. Ce serait tellement plus simple si tout le monde était une plante.

Parce que là je suis complètement perdu.

Mélancolie Apocalypse

Celui dont on ne se rappelait jamais de l’anniversaire.

C’est une histoire assez triste. Qui survient chaque année. Le même jour. Le 2 décembre.

J’attends les messages mais ils n’arrivent pas. La journée passe et la déception s’accroit. Et à 23h59. Alors qu’il ne reste plus qu’une minute. Je pense à ceux qui m’ont oublié. Je perds tout espoir et file me coucher.

Cela fait maintenant longtemps que je n’aime plus cette journée.

Parce que les absents éclipsent toujours les présents. Parce que cela m’attriste tous les ans. Parce que plus je vieillis et plus j’ai honte d’y faire attention.

Ce n’est pas l’histoire d’un petit garçon qui voudrait qu’on le célèbre. C’est celle d’un adulte qui ne voulait pas qu’on l’oublie.

Je m’étais pourtant promis de ne pas me laisser happer cette année. Mais c’était pareil l’an dernier. Et l’année d’avant…

Je dois vraiment être une personne en carton.

J’ignore ce qui cloche chez moi. Je pense sincèrement être quelqu’un de bien. Au moins assez bien pour que l’on me souhaite mon anniversaire. Que l’on note la date quelque part. Que l’on se fixe un rappel dans son téléphone.

Pourquoi et comment est-ce que moi j’arrive à me souvenir de toutes les dates ?

J’ai toujours l’impression d’être un extra-terrestre, d’avoir manqué quelque chose, d’avoir mal fait ou pas assez. Ou tout simplement de ne pas mériter.

Comme je m’étais vraiment rendu malade les deux dernières années, j’ai voulu être irréprochable cette fois. Je l’ai souhaité à tout le monde. Ils et Elles ont toutes eu leur message. Tous. Les proches. Les moins proches. Les virtuels que j’apprécie. Les ex-amis et les ex-amoureux qui ne m’ont pas ghosté. Regarde ton téléphone et trouve le message que je t’ai envoyé.

Je m’étais dit qu’en étant irréprochable, on ne m’oublierait pas. Que cette année enfin j’aurais ce putain de message à la con qui signifie apparemment tellement pour moi sans que je comprenne réellement pourquoi.

Ma Mère, mes deux frères, leurs femmes, mes deux nièces d’amour, mon Mari, mes quatre meilleures amies, mes deux meilleurs amis, mes deux chéris suisses, deux ex-collègues, deux amies perdues de vue et un garçon du volley que je connais depuis deux mois et que j’ai vu en tout et pour tout 5 fois. Ils me l’ont tous souhaité.

Je devrais être heureux.

Mais si vous saviez le monde qu’il manque. Quand tu fais le compte pendant la dernière minute. À 23h59, le 2 décembre et que tu as l’impression qu’un univers t’a oublié.

Ou rayé ?

J’ai fait comme si de rien était. Et je me suis couché. Mais je n’arrivais pas à dormir. La tristesse mêlée à cette énorme frustration de ne pas comprendre pourquoi.

C’est Kévin Bacon qui m’a convaincu de poster mes photos d’anniversaire sur Instagram. Je ne voulais pas rappeler aux gens qu’ils m’avaient oublié, cette année encore. Seulement. Voir tous ces messages affluer deux jours après. Deux jours trop tard. M’a fait plus de mal que de bien.

Il fallait donc qu’une nouvelle fois ce soit moi qui hurle à l’univers que c’était mon anniversaire.

J’ai répondu aux messages avec de jolis smileys alors que j’avais simplement envie de désactiver mon compte et de disparaître. À nouveau. Comme je l’avais fait en 2009.

Oslo Ohara, all over again.

Depuis plusieurs jours. Je sens la rouille se propager. La corrosion. Je n’arrive pas à évacuer cette amertume. Ça me ronge. Mais je ne dois rien laisser paraître. Et si j’écris tout cela ici, sur ce blog bien caché, c’est parce que j’avais besoin de le sortir. Et donc ça ne t’est pas réellement destiné.

Quoi qu’il arrive. Je ferai comme si de rien était.

C’est notre petit secret.