Samedi soir. A cette soirée. Quelqu’un a suggéré que nous jouions au Fuck-Mary-Kill.

Qui j’aurais choisi pour Kill ? Ce garçon hautain au possible. Celui qui, à peine arrivé, m’agaçait déjà par son air suffisant. Il ne souriait pas. Comme si le fait d’être mignon l’empêchait de sourire. Il parlait mal.

Et forcément. Il a été le choix Fuck de tous les autres. Cette facilité avec laquelle les gens font abstraction de la personnalité méprisable d’une personne quand il s’agit de sexe me subjugue toujours autant.

J’ai passé ma vie à essayer d’être une bonne personne. Mais cela m’a toujours conduit à ne jamais être considéré comme une option.

Tout comme en 2007-2008. A l’époque où j’avais l’impression d’être intouchable. Je voyais les Garçons se tourner autour mais jamais il n’était envisageable que ce soit avec moi. Comme si j’étais en cristal. Ou une chose trop précieuse.

Les groupes se faisaient et se défaisaient par les coucheries des uns avec les autres. Mais il était inconcevable que je puisse être l’objet d’un désir/fantasme. Pas même d’un « Kill ».

Dix ans plus tard. Alors que je ne pensais plus à tout cela. Ce jeu est venu me rappeler que je serai toujours une personne lisse, sans cratères ni aspérités. Rien qui ne déclenche un quelconque sursaut chez les gens hormis l’habituel « gentil » et « drôle ».

Et, superficiellement, je rêverais, qu’un jour, quelqu’un dise de moi que je le rends fou.


Je suis arrivé complètement trempé chez mes Parents. Ce parapluie, récupéré d’une touriste tête en l’air, n’était vraisemblablement pas de taille à lutter contre l’orage.

Ma Mère m’a proposé des vêtements secs.

J’avais pris l’habitude de lui donner toutes les affaires qui ne m’allaient plus ou dont je m’étais lassées. Elle en envoyait certaines au bled et gardait celles qu’elle aimait bien.

Elle a pioché dans une pile. Et j’ai tout de suite pensé à ce pull.

A son retour de Corée, Il avait rapporté des cadeaux à tout le monde. Des petites attentions. Histoire de ne pas revenir les mains vides. A moi. Il m’avait offert un pull et s’était acheté le même dans la taille au-dessus.

Cela avait encore plus renforcé l’idée que j’étais spécial.

Seulement. Il y a quelques années. J’avais pris la décision de m’en séparer. Il ne m’allait plus et, Lui, je lui en voulait encore d’avoir disparu. Etonnamment, j’avais conservé d’autres vêtements-souvenirs mais ce pull-ci était un symbole. Et je pensais devoir m’en débarrasser pour avancer.

Je n’y avais plus pensé. Jusqu’à ce que ma Mère pioche dans cette pile.

Je suis rentré chez moi plus triste que nostalgique, regrettant de m’en être débarrassé.

Il y a, aujourd’hui, un de mes cousins qui porte ce pull en Algérie sans connaître son histoire et ce qui me liait à ce garçon.


OUI.


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