Auteur/autrice : Beur-Boy

Journal de Bord Éternel, Psithurisme Nostalgique

Deux heures sans téléphone en 2022.

Mardi dernier, j’avais rendez-vous pour faire changer la batterie de mon téléphone à l’Apple Store des Champs-Élysées. C’était également l’occasion pour moi de faire l’une de mes fameuses virées shopping qui finissent en pieds défoncés par la marche et sacs chargés de nouvelles choses dont j’avais forcément absolument besoin… ou pas.

Mon rendez-vous était à 11h25. Et j’ai été prévenu à la fin de l’entretien que mon téléphone serait disponible à 13h30. Deux heures sans téléphone ? Une broutille.

Pensais-je.

Au sortir de l’Apple Store, direction la Fnac. Le disque dur externe qui me servait de coffre-fort et de boîte à souvenirs m’a laissé tomber. Moi et tout ce qu’il contenait. Aux oubliettes ! Il m’en fallait donc un nouveau.

Sur le chemin, une interrogation. Mais c’est quoi déjà le code de ma carte bleue ? Et quand l’avais-je tapé pour la dernière fois ?

Le Code de Carte Bleue.

Eh oui. Tout le problème du service Apple Pay m’explosait à la tête. Payer avec son téléphone sans sortir sa carte c’est pratique. Trop pratique. La contrepartie ? L’oubli probable du code.

Pour ne pas m’humilier à la Fnac, je décidai de faire une tentative d’achat par carte, avec le code, pour un coca. Alors pour celleux qui derrière leur écran seraient tentés de me hurler dessus que l’on n’utilise pas sa carte pour un aussi petit montant, le coca en bouteille de 50cl est à 3€50 sur les Champs-Élysées.

Oui, il faudrait réellement un Grenelle des prix en lieux touristiques.

Arrivé à la caisse, goutte de sueur sur le front, tapotement fébrile sur le pavé numérique. CODE BON. Merci Déesse.

La Carte de Fidélité.

À la Fnac, choix du disque dur plutôt simple. Et si j’en profitais pour me prendre les Mangas qui sont sur ma liste ?

Et en direction du rayon manga très sommaire de la Fnac des Champs, pause. Stop. Problème.

Ma carte de fidélité de la Fnac est dans mon téléphone. Et ça me fait un peu chi*r de ne pas l’utiliser sur les livres. Non pas que la réduction qu’elle offre sur les Livres me permette de rembourser le coca dispendieux, mais quand même.

Je m’interroge. Il n’est que midi, ce serait cool d’avoir un livre pour patienter. Hop ! Allons chercher ces tomes manquants et tant pis pour la carte de fidélité. Mais il n’y a rien, rien de rien. Et je me dirige en caisse avec le disque dur uniquement en me disant qu’au moins je n’aurais pas perdu une occasion de l’utiliser.

Mais la jeune fille en caisse me proposera quand même de retrouver mon compte sur son ordi. Ah la technologie…

L’Appareil Photo.

Déambuler dans Paris. C’est un peu mon sport préféré. Je m’offre très souvent de longues balades ponctuées de pauses photos – qui ne me serviront le plus souvent à rien, sauf à remplir ce téléphone qui me fait l’effet d’être gavé comme une oie.

Et justement. En descendant les Champs, je découvre la nouvelle boutique Lacoste, en lieu et place de l’ancien cinéma Gaumont Ambassade fermé en 2016. Jolie façade que je souhaitais immortaliser… foutre en story Instagram pour je ne sais quelle raison. Mais ?

Mais je n’ai pas mon téléphone/appareil photo. Décidément, ce téléphone c’est un putain de couteau suisse. Si tu ne l’as plus, tu n’as plus rien. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui, on peut se permettre de porter des sacs-bananes et plus nos sacs à dos quand on part en vadrouille. On a juste à y mettre le téléphone et c’est bon, on a tout.

Allez, on continue son chemin et on regarde avec les yeux.

La Musique.

Le plus souvent quand je marche… parade dans Paris, je le fais avec mes écouteurs aux oreilles. Si j’écoute parfois de la musique, je les utilise surtout comme barrière pour me couper du monde, atténuer les bruits, dissuader les gens de m’approcher et me permettre de me laisser-aller à penser et changer le monde.

Mes écouteurs me permettent de créer cette bulle qui m’est nécessaire pour me retrouver avec Moi et simplement Moi au milieu de la foule.

Aujourd’hui, j’aurais pu les utiliser juste pour écouter de la musique mais… pas de musique sans téléphone. Et comme je n’ai pas trouvé mon petit iPod avant de partir de la maison, ma musique du jour sera la circulation automobile !

Il nous reste un peu plus d’une heure. Et si nous marchions jusqu’à la Fnac des Halles – maintenant que je sais que j’ai le bon code de carte et qu’ils peuvent retrouver ma carte de fidélité – ? Et achetons ces mangas !

Le podomètre.

Je marche beaucoup. Tout le temps. Toujours. Je prends très rarement le métro dans Paris parce que j’adore marcher avant de récupérer le métro qui m’amènera dans ma banlieue. Je repousse toujours un maximum le moment où je vais devoir rejoindre une station pour finir mon trajet.

Et j’adore voir grimper le nombre de pas sur l’application Santé. J’ai décidé il y a quelques mois d’arrêter de me servir de ma montre connectée parce qu’en plus de ne pas vouloir recevoir de notifications sur mon poignet, je ne trouve pas les montres connectées jolies. Qu’elles soient carrées ou rondes, cet écran noir a fini par me déplaire. J’y vois une homogénéisation de l’objet qui me rappelle ces threads sur Twitter sur la catastrophe qu’est le minimalisme en urbanisme.

Mais sans téléphone ou sans montre pour calculer mes pas, j’ai fait le choix complètement stupide, barré et comique… de prendre le métro. Avec cette phrase en tête : « je n’ai pas envie de marcher gratuitement ».

Je crois que c’est à peu près comme ça que s’éteindra notre civilisation dans cent ans. L’Idiocracy. Un jour on oubliera que l’on peut marcher sans podomètre.

J’ai assumé ce choix d’autant plus que je savais qu’une fois mon téléphone en main, j’allais refaire cet exact même trajet à pieds pour retourner sur Châtelet et surtout parce qu’il ne me restait qu’une heure maintenant. Un peu trop juste.

Oui, j’essaie de me justifier parce que très clairement, tout ce que je raconte est honteux.

Pas de distraction pour le trajet en métro.

Assis dans le métro, habituellement, je m’occupe avec une partie de Mario Kart ou quelques minutes de Duolingo. Je me souviens que plus jeune, je me servais de ces trajets pour laisser vagabonder mon imagination et créer des histoires dans ma tête. Mais ma Bibliothèque cérébrale est tellement pleine de fables que je ne sais plus où se trouve la réalité parfois.

Là, fixant l’infographie du trajet, j’avoue que je ne sais plus du tout à quoi j’ai pu penser hormis que le monsieur en face de moi était mignon et, comme toujours à Louvre-Rivoli, à ma rencontre avec l’Homme à la Bouteille en 2007 – oui, mon cerveau est une machine à voyager dans le temps fabuleuse.

Je n’ai finalement trouvé que deux livres à la Fnac des Halles et bien évidemment, aux caisses automatiques il n’était pas possible de rechercher un compte. J’accepte ce retour de bâton céleste pour toutes les inepties que j’ai pu raconter sur ce début de journée et sur l’image déplorable que je suis en train de donner de moi.

Le retour du téléphone prodigue.

De retour à l’Apple Store, j’ai pu récupérer mon téléphone, cet objet incroyable et fabuleux, magique et envoûtant. Responsable du futur arrêt de l’évolution humaine… Et à la nouvelle batterie presque vide.

Cette journée se fera donc sans lui. Juste moi. Et contrairement à ce que j’ai pu vous laisser croire, cela me va parfaitement.

Il est un peu après 13h30 et ma véritable journée va commencer. Téléphone en poche. Écouteurs dans les oreilles sans musique. Zéro notification. Je me lance dans ma grande marche-shopping habituelle. Seul avec moi-même, je ferai 15000 pas avant de rentrer à la maison.

J’irai des Champs-Élysées à Châtelet en passant par le Jardin des Tuileries. Je passerai chez Vans Beaubourg pour voir de près cette collection Sailor Moon qui coûte un saladier. Je marcherai jusqu’à la boutique de Carre’y qui sponsorise Drag Race France pour me prendre de nouvelles boucles d’oreilles. Puis cette supérette japonaise que j’aime bien pour une petite canette de soda Sailor Jupiter.

Et je rejoindrai Saint-Lazare pour rentrer à la maison.

Comme toujours, je passerai dans des coins où me sont arrivés mille merveilles et coeurs brisés. J’y repenserai avec le sourire en me disant qu’il faudrait que je créée enfin cette carte de mes souvenirs dans Paris.

Et je me rappellerai de 2007. Lorsque dans mon sac, je trimballais mon téléphone qui n’était pas encore intelligent, mon appareil photo numérique, mon lecteur mp3, un carnet de dessin, un pez Hello Kitty et mon portefeuille à scratch.

Amour Galactica, Les Garçons

♡ Baron Rouge

Il y a quelques jours, c’était l’anniversaire de Baron Rouge. L’occasion de repartager des photos de nous deux et d’égayer un peu nos timelines sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, cela fait trois ans qu’Il nous a quitté.

J’ai rencontré Baron Rouge le 12 janvier 2008 chez Adam, à l’occasion de l’un de ses fameux apéros Champagne-Cacahuètes. Plus jeune que moi d’environ deux ans, on avait l’impression qu’une décennie nous séparait. Comme nous étions des newbies dans le groupe, nous nous sommes un soir promis de veiller l’un sur l’autre. Pédérité

Jeune et mignon. Enjoué et profitant de la vie. Il était pour moi « Sunshine », le Justin de l’adaptation US de Queer As Folk. Il était libre et libéré et j’avais toujours l’impression qu’il vivait sa vie, là où je m’imposais sans cesse des restrictions, des limites. Avec moins d’inhibitions et/ou simplement plus de courage, Il réussissait à aller plus loin que moi dans ses relations avec les garçons et notamment les Garçons avec un G majuscule.

J’étais intouchable. Il était « à toucher ».

Je l’enviais beaucoup. Et je n’ai compris que récemment que ce sont mes propres blocages et cette pointe de jalousie qui m’ont amené, par moments, à le maintenir à distance.

En 2009, après un chagrin d’amour, Baron Rouge s’est invité un soir à la maison pour me réconforter. Et nous nous sommes fait un marathon « Will & Grace ». Il était venu avec un reste de vodka – il en avait toujours sur lui – et son parfum Le Mâle de Jean-Paul Gaultier.

Ils étaient très peu après ce Chagrin. Mais il en a fait partie. Et je ne l’oublierai jamais.

À sa soirée d’anniversaire, cette année-là, au fabuleux thème Extravaganza, je rencontrais par son intermédiaire celui qui allait, par une invitation anodine, me permettre de rejoindre un nouveau groupe de Garçons auquel Baron Rouge appartenait aussi…

Pendant un peu plus d’un an, nous nous verrons pratiquement tous les samedis soir à l’occasion de soirées déguisées toutes plus folles les unes que les autres, de détours au Tango et de soirées dans son appart proche de la rue des Rosiers, « le Vaisseau ». She Wolf de Shakira sera NOTRE chanson et on se brisera les côtes à tenter de la danser.

Il me préparera même un fabuleux diner de Saint Valentin en 2010. On décrétera aussi, un jour, Baron Rouge et Moi que dorénavant nous nous dirions bonjour en nous smackant, un peu comme dans les séries américaines.

Mais, peu à peu rongé par des rancœurs, jamais réellement satisfait de mes relations avec les Garçons et me sentant toujours seul même au milieu d’une foule, je quitterai le groupe brutalement un soir de Mars 2011 – Lui compris.

Des hauts et des bas finalement, quand on regarde notre histoire dans sa durée. Comme dans toute amitié. S’en est suivie une période où invités aux mêmes soirées, il restait dans la cuisine avec les fumeurs pour ne pas me croiser ou me snobait carrément quand il disait bonjour ou au revoir à tout le monde.

J’en souris volontiers aujourd’hui mais à l’époque c’était tellement violent que je me devais me répéter que c’était de ma faute pour ne pas craquer. Je ne pouvais pas ghoster une personne et lui demander de continuer à être polie avec moi.

Il m’a fallut plusieurs années pour récupérer les garçons de ce groupe auxquels je tenais le plus. Et par leur intermédiaire, à le récupérer Lui. Je découvrais, alors, avec ses mots et les leurs tout le mal que je leur avais fait en partant.

Une soirée d’Halloween à rattraper le temps perdu en 2014. Comme si rien n’avait changé. Il était toujours aussi Sunshine. Mais avec un travail et des préoccupations d’adultes. Et des histoires d’amour fraîches. Lui comme moi étions finalement bien loin de ce que nous étions lors de notre première rencontre.

De soirées en soirées, au gré des années, nous nous sommes vus grandir, vieillir et rester sur nos délires Karen Walker/Grace Adler. Il était Karen, alcoolique fêtarde recherchant des poissons dans la machine à laver d’une laverie – « where are the fish ? » – et j’étais Grace Adler, l’empotée pas très gâtée par la nature qui lui remettait les pieds sur terre.

Baroudeur dans l’âme. Il s’était décidé à quitter son travail pour voyager à nouveau. Je me demandais toujours comment il avait pu si longtemps rester dans cette logique métro-boulot-dodo, lui qui adorait découvrir le monde.

Et début 2019, adieu le travail boriiiiiiing comme il pouvait dire, et en route pour de nouvelles aventures au loin. Aventures que nous suivions tous sur Facebook et/ou sur son nouveau blog crée pour l’occasion.

Et après quelques mois, cet appel, un lundi matin en plein été. Baron Rouge était parti.

Franchement. Pouvait-il nous quitter autrement qu’au loin, lors d’un tour du monde fait de rencontres et de fêtes ? Non. C’était Lui tout craché. Jamais vieux, jamais rangé, jamais emprisonné par ces vies d’adultes auxquelles nous voulons tous échapper.

Je n’ai compris qu’à ce moment-là, l’ampleur de mes sentiments et de mon affection pour Lui. Mon pincement au cœur, le mélange d’un sourire quand je pense à nous deux et d’un noeud dans la gorge parce qu’il n’est plus là.

J’aurais aimé qu’on abandonne jamais ce smack sur la bouche pour nous dire bonjour – on a dû le faire trois fois à tout casser. J’aurais aimé mieux comprendre pourquoi j’ai pu être distant ou injuste avec Lui. J’aurais aimé lui offrir plus de temps et le voir plus souvent.

Mais telle a été notre Histoire. Et elle m’est précieuse.

Il ne vieillira jamais et restera l’éternel jeune et mignon Sunshine.
♡ Baron Rouge.

* en photo, la carte d’anniversaire que je lui ai écrite en 2015.

Kévin Bacon

La Cigale et la Fourmi dans le même logis.

Il y a un an. Kévin Bacon et moi nous installions ensemble. Après douze années.

Énorme changement pour les solitaires-amoureux / amoureux-solitaires. Et nouvelles routines pour nous deux.

Pour moi, finies les nuits à veiller et dessiner jusqu’au petit matin en ingurgitant l’équivalent du débit de la Seine en coca. Fini également le régime alimentaire basé sur le chocolat, le kiri et tout ce que l’agro-alimentaire a fait de monstrueux et contre nature. Kévin Bacon fait la cuisine. C’est équilibré, vert et peu transformé. Et jamais mon estomac n’a été aussi serein, calme et heureux.

Vivre à deux nous a, à nouveau, montré à quel point nous étions différents et complémentaires. Il lui reste toujours des pâtes. Et moi toujours de la sauce. Il est venu avec ses produits Maison Verte alors que je ne jurais que par l’Arbre Vert. Ses quelques vêtements se sont retrouvés ensevelis sous ma garde robe imposante – qui mériterait d’ailleurs un appartement à elle seule… Et ses deux plantes ont maintenant été intégrées dans ma forêt – qui mériterait elle-aussi un appart à elle seule

Kévin Bacon préfère dormir dans le noir complet. Alors que j’adore être réveillé par la lumière du soleil. Il a toujours le corps chaud. Et moi, toujours la peau fraîche. Coca zéro contre Coca normal. Pommes contre bananes. Et même nos covids ont eu des symptômes différents.

Vivre à deux, c’est aussi trouver des moments pour être vraiment seul et se recharger. Je profite des jours où il est en présentiel pour ne rien faire du tout ou sortir me balader. Et le mardi soir, en rentrant du volley, je m’accorde une nuit à l’ancienne, où je reste à dessiner jusqu’à très tard pendant qu’il dort. Pour Lui, c’est avoir l’appart les soirs où je suis à mon entraînement ou chez mes Parents.

Et pour le reste, c’est juste une question d’équilibre que nous respections de toute façon depuis nos débuts. Sous le même toit ou non.

Imaginez la Cigale et la Fourmi vivre ensemble.

Les Garçons

La Pédérité.

Cette année, j’avais pris la plus étrange des résolutions. Celle de dire oui à – pratiquement – toutes les invitations.

Sortir un peu de ma forteresse et m’empêcher un maximum de me renfermer sur moi-même. Ce qui était d’ailleurs l’une de mes craintes post-confinement.

Déjà bien casanier par nature, j’avais été échaudé par mes échecs successifs à m’entourer de Garçons. Et les tristes expériences de ces pratiquement quinze dernières années m’avaient amené à dresser d’énormes barricades autour de moi.

Des défenses imparables. Pour que rien ne m’atteigne. Ni blessures ni déceptions.

Alors je me suis coupé de tout. J’ai disparu. J’ai donné la priorité absolue à Kévin Bacon et mon cercle d’amis proches. Avec toujours une bonne excuse pour refuser de participer à une soirée.

Lorsque je réapparaissais sporadiquement au gré de quelques exceptions, je recevais d’étranges commentaires et/ou compliments. On découvrait que j’étais drôle. Ou l’on s’étonnait carrément que j’existe pour de vrai. « On parle de toi comme d’une légende », m’avait dit cet ami d’ami lorsque je me suis présenté.

Mais à bientôt 40 ans, j’ai eu envie de sortir. De revoir le monde. De travailler sur ma sociabilité. Et surtout d’aller contre mon instinct naturel de solitaire.

Un changement déjà timidement initié l’an passé alors que je passai l’été à prendre des verres en terrasse – oui, je considère qu’un diabolo grenadine au Quetzal, c’est prendre un verre.

Et lorsque les entraînements de volley ont repris à la rentrée, j’ai décidé de poursuivre cet effort.

Alors, je suis resté manger un morceau après chaque entraînement, ce que je n’avais jamais fait auparavant. Je me suis dévoilé. Et de fil en aiguille, je me suis retrouvé invité à des petites soirées sympas.

Jusqu’à cette invitation à passer un weekend ensemble.

Un weekend entre garçons en Normandie. Une immense maison, un jacuzzi, des bières, du vernis à ongles, une soirée visionnage de Drag Race France, des journées à la plage et en excursion sur les magnifiques îles Chausey, des ronflements, des bruits suspects, des araignées, le barbecue, le Bal des Pompiers, les parties de volley,…

Et beaucoup de tendresse.

La Pédérité.

Et quand je suis rentré à la maison. Une pluie de petits messages mignons.
Et les Garçons m’ont manqué.

__________

la Pédérité. J’ai vu ce mot pour la première fois dans un tweet de Matthieu Foucher et je l’ai tout de suite adoré.

Kévin Bacon, Psithurisme Nostalgique

Le Coca ne protège pas du covid.

On avait réussi à y échapper. Depuis deux ans, les gens tombaient mais nous non. Nous résistions.

Mais le Covid allait finalement trouver un moyen de nous atteindre. Nous étions prévenus. Une nouvelle vague, un nouveau variant. T’es en danger, ma fille.

Tout a commencé mercredi matin, quand, à peine éveillé, Kévin Bacon m’a dit. Je me sens bizarre. Il s’est levé malgré tout et est parti s’installer à son bureau avant de revenir quelques minutes plus tard. Je ne me sens pas bien.

Pharmacie à peine ouverte, il y a fait un test. Confirmé à son retour. Positif.

Immédiatement arrêté, il s’est remis au lit. Date d’apparition des symptômes et calcul de la fenêtre de contagion. Forcément je devais être touché aussi.

Alors à mon tour, je suis allé me faire tester. Et quelques minutes après, mon résultat était négatif.

Nous avons donc dû réorganiser l’appart. Il a gardé la chambre et le lit. J’ai gagné le salon. Et tout le reste est devenu zone avec port du masque obligatoire.

Sa fièvre a monté et je me suis improvisé Infirmier à domicile. Et rappel : je suis la personne la plus maladroite et la plus flemmarde du monde, et en plus je ne sais rien faire de mes mains.

Pratiquement quatre jours de forte fièvre et de toux. Il est cloué au lit. Je surveille sa température. Lui donne des médicaments. J’aère constamment toutes les pièces. Et… je m’occupe de la cuisine.

Je rate chaque repas. Et pour un malade qui n’a pas perdu le goût, c’est l’enfer. On raconte ça et là que des groupes de soutien ont été montés pour venir en aide aux maris comme Lui…

De mercredi à lundi, je reste à l’isolement. Je suis cas contact même si l’application Anticovid ne me le dira jamais. J’annule tout ce que j’avais prévu. Je campe dans le salon, je dors en boule sur le canapé deux places. Je dessine. Je finis tout AppleTV+. Physical, Severance, je commence Loot. Sur Disney+, je mange tous les Wolverines, les deux Deadpools – c’est mauvais quand même hein…-. Sur Netflix, je commence Thermae Romae – drôôôle. Et je me fais tester tous les deux jours environ. À chaque fois, négatif.

L’idée que je viens d’une autre planète et/ou que le coca protège vraiment du Covid commence à me séduire. Kévin Bacon va mieux même s’il reste positif.

Mardi, je sors de mon isolement et décide de sortir un peu. Direction shopping. Je garde mon masque dans les magasins – je ne l’ai jamais enlevé dans le métro… -. Je me promène. Mais j’ai chaud et je commence à ne pas me sentir bien.

J’entre dans une pharmacie, me fais tester. Hop hop, tige dans le nez, terminé. Je trouve la jeune fille expéditive mais je me remets en route. Je me sens pas terrible et m’apprête à prendre un Doliprane. Il tombe par terre.

Rien à faire. Je le gobe et reprends mon chemin. Oui vous avez bien lu, advienne que pourra.

Toujours pas de réponse une heure après. J’appelle la pharmacie qui me dit que je suis négatif et que le résultat arrivera dans la soirée. Et effectivement, un message bien plus tard. À nouveau rassuré.

Mais, j’ai la gorge qui gratte et je me sens fatigué. Mon corps d’extraterrestre a-t-il transformé le covid en un autre truc ?

Mercredi, j’ai l’impression de n’avoir plus aucune force. Pas de fièvre mais j’ai mal partout.

Jeudi, fatigue. Mais alors une fatigue ! J’ai toujours eu la flemme de tout. Je l’ai déjà dit. Mais là, je suis sur un niveau d’asthénie absolu. J’accompagne quand même Kévin Bacon – toujours positif à J+8 – faire les courses en priant pour que personne ne me touche et surtout que je me cogne nulle part. Ce qui chez moi signifie que je suis bien malade.

J’en profite pour passer à la pharmacie et me faire à nouveau tester. Franchement, c’était LA semaine pour lancer un programme de fidélité.

À peine rentré à la maison, je reçois la ribambelle de SMS du SIDEP.

C’est la fin. Je suis positif. Je ne viens pas d’une autre planète. Le coca rouge ne protège pas du Covid. Je n’ai juste pas les mêmes symptômes que Kévin Bacon. Brett, je suis touchée.

– Fin de l’épisode –

Beur-Boy restera-t-il positif longtemps ? Pourra-t-il se rendre en Normandie avec les garçons du volley pour le 14 Juillet ? Récupèrera-t-il ses pouvoirs magiques ? Et surtout surmontera-t-il sa déception de découvrir que boire du coca n’a absolument aucun avantage ?

Vous le saurez, au prochain épisode.

Mascara for Masc

Moon Pride.

Il y a vingt ans, je faisais ma première Marche des Fiertés, la Gay Pride à l’époque.

2002. On s’était retrouvé avec les Filles et on avait défilé ensemble. Je portais un gilet à capuche blanc très léger. Hommage affiché à Kylie Minogue et sa tenue dans Can’t get you out of my head. J’avais 19 ans. Je devais faire 50kgs. J’étais une brindille-twink complètement myope.

Je me sentais bien. Entouré de toutes ces personnes comme moi. Dans une atmosphère libérée et libératrice.

Vers 17h, les Filles sont rentrées. Et je me suis retrouvé seul au milieu de la foule. Je n’avais pas envie de partir. J’aurais aimé que ça ne s’arrête jamais.

Je ne voulais pas rebasculer dans le monde hétéro.

Alors, à Bastille, je me suis assis sur les marches de l’Opéra et j’observais. Je rêvais de me mêler à la foule. Je voulais tant faire partie de ce monde. Mais je ne connaissais personne. J’étais le seul gay que je connaissais. Et j’étais bien trop timide.

Ma première Marche des Fiertés avait eu ce goût doux-amer.

2022. Kévin Bacon et moi avons retrouvé un de mes amis à Michel Bizot après mille péripéties. Accident de vernis à ongles – il faut impérativement apprendre aux garçons à se maquiller !, et métro en panne… J’ai cru que nous n’arriverions jamais.

J’ai mis un tutu blanc, un T-shirt de Sailor Moon et du vernis à ongles aux couleurs du drapeau trans. J’ai maintenant 39 ans. Je suis un Daddy et toujours une Magical Girl.

Mais surtout. Aujourd’hui. Je ne suis plus le seul gay que je connais.

Nous sommes vingt ans après. J’ai croisé des amis, des jolis garçons de twitter et mes potes du volley. Et j’ai fini la soirée au Quetzal comme l’an dernier, entouré de mes amis et de tous ces gens comme moi.

Je fais maintenant partie de la foule .