Auteur/autrice : Beur-Boy

Revival

Le rituel du mois des Fiertés.

Se poser en terrasse. Et faire tourner des têtes. Se faire draguer par un gars qui passait son chemin. Être maté par ce crâne rasé qui est deux tables plus loin. Voir les serveurs être tout sourire avec vous et vous lâcher des clins d’oeil. Se voir demander dix euros juste pour aller aux toilettes par un garçon qui voulait juste entamer la conversation avec vous. Des regards. Des gentilles attentions. Des messages privés sur Twitter pour me dire que l’on m’a aperçu et m’écrire des gentillesses.

C’était une belle journée. J’ai bu une bière et quatre cocas. Mon short n’avait jamais été aussi court. Et j’ai offert un sourire à tout le monde.

J’ai répété ce petit rituel quasiment tous les jours sur les deux premières semaines de Juin pour profiter du beau temps. Et me poser là où flottent les drapeaux arc-en-ciel.

Pour moi, deux fois par an, mes communautés m’appellent et je ressens le besoin de m’y fondre. Le Ramadan puis le Mois des Fiertés. Comme deux rendez-vous à ne pas manquer. Pour pouvoir faire partie d’un Grand Tout.

De recharger mes batteries avec les miens pour me permettre d’être qui je suis le reste de l’année.

Il me reste encore quelques jours.
Et qui sait, peut-être même que j’en profiterai tout l’été.

Je ne suis pas obligé de retourner hiberner/hiverner tout de suite.

Kévin Bacon

Un Croyant qui jeûne.

Cette année, pendant le Ramadan, j’ai fait le coursier entre ma Mère et Kévin Bacon*. Elle nous préparait de la Charba et ou des bricks. Et je nous apportais le tout à vélo les soirs où je cassais mon jeûne chez Lui.

Douze ans. Cela fait maintenant douze ans que nous sommes ensemble. Et si je ne sais pas ce que nous réserve précisément l’avenir. Je sais une chose. Ce Garçon a été fait pour moi.

C’est ce que je me suis encore dit, lorsqu’il m’a acheté cette grosse boîte de dattes. Et lorsqu’il m’a laissé dormir plus longtemps que d’habitude – parce que le Ramadan influe de plusieurs façons sur le sommeil. C’est ce que j’ai pensé aussi quand il a veillé à ce que je ne manque de rien le soir. Et quand, alors qu’il avait faim, il a patiemment attendu l’heure pour moi de manger pour que l’on puisse le faire ensemble.

C’est surtout ce que j’ai ressenti quand je me suis souvenu qu’avec les deux précédents je n’avais pas jeûné. Parce qu’à l’époque, je m’étais retrouvé dans une situation où je n’arrivais pas à concilier les deux. Cela ne venait pas d’eux. Mais j’étais perdu parce que je ne savais pas qui je pouvais être exactement.

Lorsque ma copine S. s’est mariée. Je lui avais posé la question.

Juive, elle n’avait fréquenté que des garçons juifs. Elle n’avait connu rien d’autre. Pourquoi ?

Elle m’avait répondu qu’elle avait voulu rencontrer quelqu’un qui la comprenne. Entièrement. Une personne avec qui elle n’aurait pas l’impression d’imposer quelque chose. Où tout serait simple, notamment la religion, parce qu’ils partageraient les mêmes choses. Point de discorde ni de divergence.

J’avais compris ce qu’elle avait désiré. Je n’étais sorti qu’avec des garçons athées et blancs. Des garçons avec lesquels je n’avais pas pu/réussi à être entièrement moi.

Et j’ai réalisé, qu’il y a quelques années quand je m’étais senti perdu, c’était parce que j’avais gommé sans cesse qui j’étais pour me fondre dans des couples (et groupes) dans lesquels quoi qu’il arrive j’étais perçu comme différent. Et sans réellement savoir ce que mes ex pouvaient en penser, j’avais eu si peur de « m’imposer » que j’avais renoncé.

Kévin Bacon m’a permis d’être qui je suis, de poser toutes mes facettes sur la table et de dire. Tout cela. C’est moi. Je ne m’impose pas. C’est juste qui je suis. Un Croyant qui jeûne.

* Ramadan et Bacon dans la même phrase. Cocasse.

moa Moa MOA

Les documents.

Les papiers du divorce sont arrivés la semaine dernière. Et me voilà perdu au milieu de sentiments ambigus.

C’est une séparation étrange. Mi-désirée, mi-subie. Clore huit années de sa vie n’est certainement pas la chose la plus enthousiasmante qu’il soit.

Pourtant. Je ne suis pas particulièrement triste. Ni ravi. Ni en colère. Je peux percevoir un soupçon de ressentiment. Très léger. Et je n’arrive pas réellement à comprendre ce qu’il fait là. Je ne pense pas qu’il perdure ni même qu’il devienne plus imposant. Je ne le laisserai pas.

J’essaie d’analyser ce que je ressens. Ce que cela implique et quelles devront être mes prochaines décisions. Mes prochains pas. Mais dans ce concert de sentiments confus, j’ai préféré mettre les documents de côté. Et les signer plus tard.

Procrastination ? Non, je sais que je les signerai. Je n’avais juste pas envie d’y penser. Là, toute de suite, maintenant.

Déni ? Non plus. La situation avait été actée en septembre dernier. Et ces six derniers mois m’ont permis d’expérimenter cette vie sans. Sans.

De quoi ai-je envie maintenant ? De milles choses.

J’ai tout pour plaire. Je me connais suffisamment. Je sais ce que je veux. Et ce que je ne veux surtout pas.

J’ai pensé à mon âge. À l’impression d’avoir perdu du temps. D’être entré dans la situation sanitaire actuelle en étant jeune, intéressant, attractif si l’on peut dire et d’en sortir vieux, largué et moins désirable.

Mais chaque casserole a son couvercle. Et je suis un putain de beau chaudron.

Alors. Je le sais. Je retrouverai un travail.

Revival

Il a neigé je t’aime aujourd’hui.

Il a neigé aujourd’hui. Des flocons. Puis plus rien. Puis des flocons à nouveau. Et plus rien. Grand soleil. Un petit évènement rare en ce début Avril.

Les Mardis, Jeudis et Dimanches. Je passe la soirée chez mes Parents. On tourne avec mes Frères pour couvrir un maximum la semaine. Décharger un peu notre Mère de l’Alzheimer de Papa. Et aider au mieux.

Être présents surtout.

Ce soir. En le couchant. Alors que je couvrais ses épaules avec la couverture. Mon Père m’a dit qu’il m’aimait beaucoup. Spontanément. Et c’est la première fois qu’il le dit comme ça.

Il a toujours été pudique sur ses sentiments. Et je me souviens que les seules fois où il se lâchait un peu c’était juste après nous avoir grondés quand on était petits. Il revenait vers nous et nous demandait de ne plus recommencer nos bêtises. Parce que ça lui faisait mal au coeur de nous punir – je parle des réprimandes parentales habituelles de parents maghrébins des années 90′ hein : la ceinture ou la chaussure.

Et puis, il a arrêté de nous gronder. Pour moi, c’était juste après mes neuf ans. Il me disait que c’était honteux qu’il m’engueule parce que j’étais grand maintenant. J’étais juste devenu plus grand que Lui et il considérait que j’étais un homme à présent. Plus un enfant.

Ce soir. Alors même qu’il ne se souvient pas toujours de mon prénom ni de qui je suis exactement – je suis tour à tour son fils, son frère ou un vieil ami d’enfance. Mon Père m’a dit je t’aime. Et ça aussi c’est exceptionnel.

Il a neigé je t’aime aujourd’hui.