Le Prince qui court dans la Nuit

Le Garçon aux Pieds Nus, Psithurisme Nostalgique

M03 – c’est étrange de se dire que l’on a le même âge que ces gens vieux.

38 ans. Hier.

Est-ce que c’est bizarre de se dire que l’on a le même âge que des gens vieux ? Ou est ce que c’est normal de penser que je suis plus jeune, tout en ayant le même âge que des gens vieux ?

Même si la photo prise en Septembre sur la colonne à gauche me montre sous mon meilleur jour; mon corps a morflé. Mes cheveux ont péri. Et ma barbe s’est parée de blanc. Mais j’accepte cette évolution.

Vieillir physiquement ne m’ennuie pas. Je n’avais jamais réellement compté sur mon physique de toute façon. Remerciements : les gens qui ont passé mon adolescence à dire à mes frères qu’ils étaient beaux et moi, « gentil ».

Non moi, j’avais juste peur de devoir perdre avec l’âge mon côté loufoque et gamin. Je voyais cela comme une issue inévitable.

Vieillir cela signifiait être sérieux et responsable. Gris.

A mon âge. Mon Père était déjà marié. Il avait même déjà plusieurs enfants – je suis issu d’un second mariage quelques années plus tard dans sa vie. C’était un adulte avec un travail. Il portait un costume du lundi au vendredi. Il conduisait. Il était moustachu-Magnum, cheveux impeccables. Barbe rasée de près tous les matins.

Pas une magical girl qui se saoule au coca, quoi, et qui n’attend qu’une chose : que le Tango rouvre pour aller danser.

Mais je ne souffre pas de cette comparaison. J’aime cela. Je suis suffisamment vieux de corps et d’esprit pour être serein dans ma vie. Et suffisamment jeune de bêtises et délires pour continuer à m’amuser. Serait-ce cela le stade daddy ?

Bon, je sais quand même qu’il me faudra quatre jours à me remettre d’une nuit blanche au Tango, que j’y croiserai des jeunes qui auraient pu être mes enfants et que là-bas je ne connaîtrai même pas un cinquième des chansons qui passeront, mais je suis prêt !

Je suis prêt.

Journal de Bord Éternel, Le Garçon aux Pieds Nus

iwak #26 – cacher.

Je crois que la chose que j’ai le plus cachée. C’est Moi.

Le Monde est si dur. Brut. Fait d’angles et d’épines. J’ai toujours tout fait pour me protéger.

J’ai d’abord caché que j’aimais les garçons. Parce que je l’ai su très tôt. J’avais peur des représailles. Mais la vérité. C’est que j’étais trop différent pour masquer quelque chose qui saute aux yeux.

Je devrais d’ailleurs écrire « différente ». Puisque j’ai longtemps tenu secret le fait d’avoir eu du mal à grandir dans un corps de garçon.

J’en parle beaucoup plus facilement aujourd’hui parce que ma bataille est enfin terminée. Mais elle a été dure et elle s’est faite seule. Ou seul. Je ne sais même pas ce qu’il convient d’écrire ici.

J’ai donc très tôt caché mon corps. J’étais en avance. Mon corps se transformait. Mais je ne devenais pas une fille. Et c’était effrayant.

Je crois que mon amour des Magical Girls vient de là. Voir ces petites filles devenir des femmes en utilisant une formule magique. C’était ce que je voulais. Mais j’étais un petit garçon.

Et je suis devenu un jeune homme. Puis un homme. À me voir aujourd’hui, on ne pourrait pas se douter de tout cela. Puisque je suis maintenant plutôt en paix avec mon corps.

C’est amusant d’écrire cela ici. Alors que ce blog est également l’une des choses que je cache. Je ne pourrais plus vraiment y écrire et m’y confier s’il venait à être lu par des proches.

Ce blog est mon journal intime. Et je le dissimule sur internet comme l’on planquerait son journal sous son matelas.

Au fond. C’est aussi surtout mes propres sentiments que je camoufle. Et c’est finalement ici que j’arrive à les enfouir.

Le Garçon aux Pieds Nus

iwak #25 – copain, copine.

J’ai grandi avec un sens très particulier de l’Amitié. Je le voyais comme ce lien indéfectible qui unit les Chevaliers du Zodiaque ou les Guerrières de la Lune.

Je n’ai jamais eu de mal à m’entourer. Je pouvais aller me balader et me faire des amis en claquant des doigts. C’était tellement simple.

J’ai longtemps préféré la compagnie des filles à celle des garçons. J’avais toujours plein de copines.

Il y a eu mes copines de Primaire. Celles du Collège. Puis celles du Lycée. Toujours de jolies filles, fortes et en avance sur leur âge. Je les regardais se développer et grandir, et je rêvais de devenir comme elles.

Mais, je grandissais dans l’autre direction.

Être un jeune ado gay dans les années 90. C’est garder secret qui vous êtes réellement. Vous préserver et vous protéger par peur. Peur de quoi ? Bonne question. Secret ou non, vous êtes, de toutes façons, quotidiennement l’objet de méchancetés et de petits noms bien attentionnés.

« Lavette » au primaire.
« Pédale » au Collège.
« Pédé » au Lycée.

Les amitiés alors ne sont jamais les plus profondes. Et vous évoluez de groupes en groupes. Pour ne jamais être démasqué. Comme si vous étiez un vampire ne vieillissant pas et changeant de ville pour n’éveiller aucun soupçon.

Comme si vous souhaitiez échapper à LA question.

La question. Finalement. C’est Liliana. Au Lycée. La première à me l’avoir posée de but en blanc. De façon si naturelle mais à la fois tellement violente pour moi.

Je n’étais pas prêt. Alors j’ai dit non. Et j’ai changé de groupe.

J’ai fini par rencontrer Les Filles à la fac. Celles qui sont devenues mes meilleures amies. Cette fois-ci, j’étais prêt. Alors j’étais vrai. J’étais moi. C’était en 2001.

Et nous sommes toujours ensemble.

Multivers du Moi, Psithurisme Nostalgique

iwak #19 – étourdi, tête qui tourne.

Fin Novembre 2017. Je me couche un dimanche soir, un peu fébrile. Je me dis qu’un Fervex et une bonne nuit de sommeil me feront du bien. Je me réveille difficilement le lendemain et décide d’annuler tous mes déplacements professionnels.

Cela empire dans la journée.

Pendant cinq jours, la pire angine de ma vie. Fièvre, tête qui tourne et délire.

Et au plus fort de l’angine, alité, j’étais persuadé que nous étions sept dans mon lit, moi inclus.

Sept moi-s.

Le Garçon aux Pieds Nus

I will remind you who I am, every day.

Ce matin. Je suis passé prendre mes Parents pour les accompagner chez le médecin. Je les ai retrouvés devant chez Eux.

J’ai fait la bise à ma Mère. Et je me suis approché de mon Père.

Papa a toujours été très tête en l’air. Habituellement. Lorsqu’on le croise. Comme il est toujours perdu dans ses pensées. Il faut s’approcher un maximum de lui pour qu’il s’échappe de sa réalité et rejoigne la nôtre. Et finisse par nous dire bonjour.

En cela, j’ai toujours su de qui je tenais mes absences et rêveries.

Mais ce matin. Il ne m’a pas reconnu.

Il a prétexté le fait que je portais la moustache. M’a dit qu’elle m’allait bien. Et s’est retourné vers ma Mère pour qu’elle me complimente aussi.

Arrivé dans le quartier du médecin. Il était quelque peu déboussolé. Il ne reconnaissait pas la ville voisine. Et en découvrait les évolutions.

Le médecin a confirmé ce que nous savions déjà.

Alzheimer. Stade 3.
A surveiller. Dégradation lente et ineluctable.

Un jour. Mon père ne se souviendra plus de moi.

Multivers du Moi

Les fantasmes sont-ils des souvenirs de nous d’autres dimensions ?

J’étais en train de regarder par la fenêtre. Au travail. Quand j’ai vu passer le serveur du restaurant d’à côté.

Et j’ai eu un flash. Comme un souvenir. 

Nous étions tous les deux. Lui et moi. Nus. Au lit. Vraisemblablement juste après avoir baisé. Mais aussi juste avant qu’on le refasse. En train de discuter et rire.

Mais ce moment n’a jamais existé.  

C’était troublant. Parce que ce flash était net. Et parce que rationnellement. Juste après. J’ai essayé de l’analyser.

Fantasme ? Déjà-vu ? Déjà-vécu ? Effet Mandela ?

Et si nos fantasmes n’étaient finalement que des souvenirs de nous d’autres dimensions ? Et si j’avais déjà vécu cela, ailleurs ? A une autre moment ? Dans un autre espace-temps ?

Je le trouve mignon ce serveur. Il est grand, brun aux yeux noirs, nez proéminent. Quoi qu’il en soit. Depuis, je l’évite.