Pretanama

iwak #23 – déchirure, déchiré.

Après chaque attentat terroriste. J’ai cette boule au ventre. J’ai mal.

Tout à coup, tous les regards se braquent sur vous. Vous devenez Complice. On vous impose de réagir. De vous indigner. Et on vous ordonne de vous désolidariser de la Barbarie.

Parce que vous êtes Croyant. Et parce que cet attentat a été commis au nom de votre Religion.

Seulement ils oublient. Avant même d’être croyant. Vous êtes une personne. Et comme tout le monde vous découvrez l’Horreur. Vous êtes choqué. Mais on vous demande de vite réagir, de vite prendre position sans quoi vous serez une mauvaise personne.

Les réseaux sociaux s’embrasent. Personne ne vous laisse le temps d’appréhender ce qu’il s’est passé.

Quelqu’un s’est fait décapité.

On demande à ce que les Musulmans se désolidarisent de cet acte. Votre coeur s’arrête devant l’écran. Il y a dans le fait de demander à se désolidariser quelque chose qui signifie que l’on vous pense complice, que naturellement et sans l’exprimer vous auriez cautionné l’Horreur.

Parce que vous avez UNE similitude avec le terroriste. Tous deux vous dites musulmans. Comme si vous aviez adhéré aux mêmes principes, aviez reçu la même éducation, étiez la même personne. Comme si une Religion n’était pas libre d’interprétations, comme si elle entrait en vous et vous vidait complètement du reste de votre personnalité.

Vous êtes l’amalgame de plusieurs sensibilités, d’expériences, de croyances. Mais aujourd’hui, quelqu’un ne vous voit plus que d’une seule couleur. Vous n’êtes rien d’autre qu’un musulman.

Vous êtes un Croyant. Musulman. Et si vous n’avez pas fini de digérer l’information, on s’en fout. Vous étiez choqué par l’Horreur et maintenant vous êtes accusé d’être du côté des coupables.

Lorsque vous envisagez de réagir, vous devez faire extrêmement attention.

Si vous le faites, on vous lapidera. Parce que vous n’êtes pas légitime. Parce que vous être un croyant comme le terroriste. Ou parce que vous votez à Gauche et que votre « Islamo-Gauchisme » a été jugé comme responsable de ce qui arrive. Ou parce qu’en affirmant votre indignation, vous insistez sur le fait de ne pas mélanger « Croyants » et « Terroristes ». Vous entendrez que l’heure n’est pas aux « Mais », « on ne peut plus séparer, être pacifique ».

Si vous ne réagissez pas, on vous lapidera. Parce que vous n’avez pas réagi. Ce qui ne peut signifier qu’une chose.

Vous cautionnez.

La vérité. Je ne suis pas le seul à la vivre. C’est que lorsque cela se produit. Vous vous cachez. Parce que ce n’est malheureusement pas le premier attentat. Parce que vous savez comment cela va vous revenir en pleine face. Parce que vous savez que vous allez lire, entendre, voir, mille choses qui vont vous briser le coeur, vous faire mal.

Vous vous dites que vous devrez l’accepter. Parce que tout le monde dit que c’est de votre faute. Parce que quelqu’un est mort. Vous savez que c’est mal. Vous hurlez que c’est mal. Alors vous composez avec ce qui se dit, s’écrit. Vous bouffez tout en espérant que cela se finisse rapidement.

Vous lisez que les croyants sont des débiles. Qu’ils sont restés au Moyen-Âge. Qu’ils font chier avec les religions…

Mais pour vous c’est encore pire. Vous êtes un traitre à votre cause. Parce que vous êtes LGBT. Alors on vous fait encore plus mal.

On vous dit alors que vous n’avez qu’à aller « là-bas », là où vous serez balancé d’un toit pour ce que vous êtes.

Vous êtes déchiré. Parce que si les Croyants ne vous acceptent pas pour ce que vous êtes. Ces LGBT qui vous font la morale, non plus.

Vous avez beau être une synthèse parfaite de Spiritualité et de Sensibilité. Avoir su embrasser les deux. Le vivre en toute quiétude. Vous devrez toujours combattre de chaque côté chaque fois qu’une personne s’attaquera de manière extrême à ce qui vous compose.

Parce que certains ne vous veulent que sur un front. Le leur. Vous êtes violet. Mais les Bleus ne vous veulent que Bleu et les Rouges, que Rouge.

En attendant, depuis que c’est arrivé. Votre Timeline Twitter est devenue votre pire ennemie. Vous trouvez des renforts mais tout fait tellement mal que vous n’osez plus l’ouvrir. Votre timeline comme votre bouche.

Alors vous vous tenez éloigné en attendant que ça passe. La boule au ventre.

Pour l’Horreur.
Pour le climat actuel.
Pour vous.

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