Sur ce quai de la 13. Alors que je ne suis plus sous la protection de l’Architecte, j’aperçois un visage familier.

Il disparait du quai d’en face et se présente devant moi. Et ça fait mal.

Lorsque j’ai quitté l’appartement de Jolies Lèvres juste après la Rupture, il m’avait demandé de l’appeler. D’appeler Le Garçon aux yeux de couleurs différentes.

J’avais jusqu’à présent toujours géré ma vie seul. Habitué à ne partager avec mes ami.e.s que mes jolis moments et à écrire les plus tristes.

Et en rentrant ce soir-là, j’avais suivi son conseil. Mais le Garçon aux yeux de couleurs différentes avait vite raccroché, complètement dépassé, et j’avais regretté de m’être montré en besoin de réconfort. C’était maintenant notre fin à nous.

Là sur le quai de la 13, au retour de Barcelone, à l’endroit même où je l’avais appelé. Il était posté devant moi. Et je n’arrivais pas à le regarder dans les yeux.

On s’est parlé quelques minutes. Mais j’étais mal. J’avais fait le malin à ne pas réellement répondre à ses messages. Et il était devant moi. A s’inquiéter.

Il a toujours expliqué que s’il avait raccroché aussi maladroitement ce soir-là c’est parce qu’il était tellement triste pour moi qu’il ne savait pas quoi faire. Mais je ne lui avais jamais pardonné.

Je peux le dire aujourd’hui. Je l’ai maltraité.

J’ai maltraité ce garçon. Et Dieu sait que je l’aimais beaucoup. Mais j’en voulais tellement à tout le monde que les semaines qui ont suivi, j’ai fini par faucher tout mon champs d’amis.

J’ai pris rendez-vous avec chacun d’entre eux. Et j’ai rompu. Ou, pour certains, essayé.

Certains se sont défilés avant le rendez-vous.

Comme le Grand Blond qui avait fini par twitter – « Préfère aller diner avec des amis plutôt que de se faire larguer ». Et d’autres avaient préféré m’affronter et m’exploser à la gueule les vérités qui changeront ma façon de (me) penser. « Tu es Egoïste, Egotiste, Egocentrique ».

J’étais devenu ce tout à l’égo monstrueux qui avait décidé de blesser tout le monde. La haine et la tristesse me rongeaient l’estomac.

Et je le calmais à coup de frappucinos glacés au Starbucks de la Rue des Archives.

Jusqu’à ce 14 Mai où après une dernière boisson sucrée, j’étais parti à la rencontre de celui que j’appellerai plus tard, Kévin Bacon.