Cela faisait plusieurs mois que je ne me sentais plus à l’aise. Plus adapté à lui. Plus fait pour lui. Je percevais des signes inquiétants.

Le violet n’était soudainement plus ma couleur, mais celle d’un autre. Et je ne m’étais pas trompé comme j’allais pouvoir le découvrir quelques mois après.

J’avais l’impression qu’il s’éloignait. Et. Pris de peur. Je me suis mis à m’accrocher plus fort.

Mais. C’était la fin.

On ne s’était pas vu depuis deux semaines. Un silence radio épouvantable pour moi qui avait pris l’habitude de l’avoir au téléphone tous les jours.

Nous avions fait une « pause ».

Ce mercredi-là, j’ai reçu deux sms. Un sms-spam m’annonçant ma grossesse (!). Et un sms de lui m’invitant à le rejoindre chez lui après le travail. Et forcément, j’ai cru que le premier était un signe positif pour le second.

Je l’ai donc rejoint naïvement le soir venu. Ma mère m’avait demandé de ne pas lui faire de mal si les choses ne se passaient pas bien. Et je n’ai jamais vraiment compris ce qu’elle avait voulu dire.

Mais les Mères savent. Elles savent toujours tout.

Il m’a ouvert la porte et m’a fait la bise. Et je crois lui avoir répondu « ah oui on s’embrasse même plus ? ». Il avait préparé à manger et m’a laissé lui raconter ma journée comme si tout était normal.

Puis il a rompu.

« Tu ne m’as pas manqué ». C’est ce qu’il avait retenu de ces deux semaines. Ses deux semaines à lui. Parce que les miennes avaient un goût bien différent.

Pourquoi les garçons lancent-ils des phrases aussi dures aux hypermnésiques comme moi ?

« Ne lui fais pas de mal ». Ce que ma Mère m’avait dit résonnait dans ma tête et m’a permis de tout prendre le plus calmement possible. Sans fracas ni pleurs.

Je n’ai pas posé de questions. Je me souviens seulement avoir énoncé des vérités me concernant pour l’amener à m’en dire plus. Comme lui dire que je ne l’avais jamais trompé pour que lui puisse me dire s’il l’avait fait.

Tout cela pour comprendre. Pour savoir quel mal avait été commis. Je cherchais l’Erreur.

Mais dans cette histoire, il n’y avait vraisemblablement pas eu de mal ou d’erreur. Je ne lui avais juste pas manqué.

Je devais rentrer chez moi sans faire de détours. Mais j’avais besoin de marcher. Je n’arrivais toujours pas à pleurer et j’avais peur que tout se déclenche dans le métro. J’espérais pouvoir craquer dans la rue à l’abri des regards.

Mais je n’ai pas pu pleurer.

Je me suis alors engouffré dans les couloirs du métro. Et dans ce passage qui mène à la 13, j’ai suivi son conseil.

J’ai appelé quelqu’un. Pas n’importe qui. LE Quelqu’un. Celui qu’il m’a conseillé.

Et dans ce couloir de la Ligne 13, toutes les fins ont alors commencé.