Catégorie : La Convergence

La Convergence – Kévin Bacon.

On a décollé du Starbucks et on a marché un petit peu ensemble. C’était une amie du Beau Brun et elle s’inquiétait pour moi. Je lui ai demandé comment rejoindre la Place Monge. Mais elle s’était trompée d’itinéraire.

J’ai pris le métro seul – absolument pas dans la bonne direction donc. Et ai mis du temps à m’en apercevoir.

Nous avions rendez-vous à 18 ou 19h. Mais j’arriverai bien plus tard. En voulant corriger mon chemin, je m’étais encore plus éloigné. Puis avait pris un autre métro à contresens.

Je me demandais si ce n’était pas un signe. Est-ce que je devais réellement rencontrer ce garçon ? Est-ce que j’étais prêt ?

On s’envoyait des messages et je pense qu’il avait du mal à croire que je me sois complètement perdu – et si cela se reproduisait, aujourd’hui, après dix ans, je pense qu’il ne serait plus étonné.

J’ai fini par le rejoindre. J’ai pris le long escalator de la station. Et une fois en haut, j’ai tourné la tête vers la droite et l’ai vu. Il m’attendait sous la pluie.

C’était un Homme. Il portait une veste en cuir et le Mâle de Jean-Paul Gaultier. Mais la nuance sur lui était tellement agréable. Je crois que je percevais déjà l’odeur de sa peau.

Nous avons été boire un verre au Bateau Ivre puis la pluie nous a conduit à nous abriter sous l’entrée d’un immeuble quelques instants.

J’étais très attiré par Lui. C’était chimique et incontrôlable. Nous nous sommes embrassés rue du Père Teilhard de Chardin.

Nous nous sommes ré-embrassés dans le hall de son immeuble pour nous dire au revoir. Et je suis rentré après une dernière promenade.

J’étais terriblement excité. Dans tous les sens. Et l’espace d’un moment, j’ai oublié que j’avais le coeur brisé.

La Convergence – les Fins.

Sur ce quai de la 13. Alors que je ne suis plus sous la protection de l’Architecte, j’aperçois un visage familier.

Il disparait du quai d’en face et se présente devant moi. Et ça fait mal.

Lorsque j’ai quitté l’appartement de Jolies Lèvres juste après la Rupture, il m’avait demandé de l’appeler. D’appeler Le Garçon aux yeux de couleurs différentes.

J’avais jusqu’à présent toujours géré ma vie seul. Habitué à ne partager avec mes ami.e.s que mes jolis moments et à écrire les plus tristes.

Et en rentrant ce soir-là, j’avais suivi son conseil. Mais le Garçon aux yeux de couleurs différentes avait vite raccroché, complètement dépassé, et j’avais regretté de m’être montré en besoin de réconfort. C’était maintenant notre fin à nous.

Là sur le quai de la 13, au retour de Barcelone, à l’endroit même où je l’avais appelé. Il était posté devant moi. Et je n’arrivais pas à le regarder dans les yeux.

On s’est parlé quelques minutes. Mais j’étais mal. J’avais fait le malin à ne pas réellement répondre à ses messages. Et il était devant moi. A s’inquiéter.

Il a toujours expliqué que s’il avait raccroché aussi maladroitement ce soir-là c’est parce qu’il était tellement triste pour moi qu’il ne savait pas quoi faire. Mais je ne lui avais jamais pardonné.

Je peux le dire aujourd’hui. Je l’ai maltraité.

J’ai maltraité ce garçon. Et Dieu sait que je l’aimais beaucoup. Mais j’en voulais tellement à tout le monde que les semaines qui ont suivi, j’ai fini par faucher tout mon champs d’amis.

J’ai pris rendez-vous avec chacun d’entre eux. Et j’ai rompu. Ou, pour certains, essayé.

Certains se sont défilés avant le rendez-vous.

Comme le Grand Blond qui avait fini par twitter – « Préfère aller diner avec des amis plutôt que de se faire larguer ». Et d’autres avaient préféré m’affronter et m’exploser à la gueule les vérités qui changeront ma façon de (me) penser. « Tu es Egoïste, Egotiste, Egocentrique ».

J’étais devenu ce tout à l’égo monstrueux qui avait décidé de blesser tout le monde. La haine et la tristesse me rongeaient l’estomac.

Et je le calmais à coup de frappucinos glacés au Starbucks de la Rue des Archives.

Jusqu’à ce 14 Mai où après une dernière boisson sucrée, j’étais parti à la rencontre de celui que j’appellerai plus tard, Kévin Bacon.

La Convergence – l’Architecte.

Les semaines qui ont suivi ont bouleversé mon paysage relationnel.

J’avais d’un côté les Filles. Mes meilleures amies depuis longtemps. Que j’ai volontairement écartées de mon processus de guérison post-rupture.

Et les Garçons. Le groupe né de nos rencontres entre pédébloggueurs. Sur lequel je comptais pour me remettre sur pied.

J’étais devenu violent. Pas dans ma conduite ni mes actes mais dans mes mots/maux. Quelque chose me dévorait le ventre. Ulcère ou colère. J’étais décidé à tout garder à l’intérieur pour ne blesser personne.

C’est amusant. Comme dans ce genre de situation, les ressources que l’on attend ne proviennent pas de ceux que l’on aurait cru.

Alors que mon harem de copains échouait à m’apporter son soutien – absorbés par leurs propres problèmes. Un garçon m’a recueilli et fait dormir dans son lit.

Il m’apaisait.

J’étais dans une bulle protectrice chaque fois que je retrouvais l’Architecte. Et je ne voulais pas en sortir. Pour me protéger, j’ai d’abord coupé le contact avec les autres.

Je me souviens d’un soir où, bourré, qui vous savez, m’avait envoyé des messages enflammés. « You’re my number one ».

J’étais à la fois flatté ET content de montrer que je n’étais pas fou. Cette relation n’était pas tordue que dans ma tête. L’Architecte pouvait maintenant le certifier.

Nous sommes partis en weekend à Barcelone pour le 1er Mai. Enfin. Ce n’était absolument pas prévu. Décidé à la dernière minute. Et tellement dispendieux. Mais j’avais tant besoin de m’échapper et surtout de rester avec lui dans cette bulle apaisante.

Dans l’avion du retour. Seul. J’ai craqué. Et j’ai finalement pu pleurer tout ce que j’avais gardé en moi depuis la rupture.

J’ai pleuré tout le long du vol. Mes voisins de siège, sur les deux rangées, m’ont offert mouchoirs et tendresse. Et je me souviens de l’hôtesse complètement désemparée lors de la démonstration des consignes de sécurité lorsqu’elle m’a vue en larmes.

J’avais tout lâché.

Et avec ma valise pourrie, sur le quai de la 13. Je ne m’attendais pas à tomber sur lui.

La Convergence – La Fin.

Cela faisait plusieurs mois que je ne me sentais plus à l’aise. Plus adapté à lui. Plus fait pour lui. Je percevais des signes inquiétants.

Le violet n’était soudainement plus ma couleur, mais celle d’un autre. Et je ne m’étais pas trompé comme j’allais pouvoir le découvrir quelques mois après.

J’avais l’impression qu’il s’éloignait. Et. Pris de peur. Je me suis mis à m’accrocher plus fort.

Mais. C’était la fin.

On ne s’était pas vu depuis deux semaines. Un silence radio épouvantable pour moi qui avait pris l’habitude de l’avoir au téléphone tous les jours.

Nous avions fait une « pause ».

Ce mercredi-là, j’ai reçu deux sms. Un sms-spam m’annonçant ma grossesse (!). Et un sms de lui m’invitant à le rejoindre chez lui après le travail. Et forcément, j’ai cru que le premier était un signe positif pour le second.

Je l’ai donc rejoint naïvement le soir venu. Ma mère m’avait demandé de ne pas lui faire de mal si les choses ne se passaient pas bien. Et je n’ai jamais vraiment compris ce qu’elle avait voulu dire.

Mais les Mères savent. Elles savent toujours tout.

Il m’a ouvert la porte et m’a fait la bise. Et je crois lui avoir répondu « ah oui on s’embrasse même plus ? ». Il avait préparé à manger et m’a laissé lui raconter ma journée comme si tout était normal.

Puis il a rompu.

« Tu ne m’as pas manqué ». C’est ce qu’il avait retenu de ces deux semaines. Ses deux semaines à lui. Parce que les miennes avaient un goût bien différent.

Pourquoi les garçons lancent-ils des phrases aussi dures aux hypermnésiques comme moi ?

« Ne lui fais pas de mal ». Ce que ma Mère m’avait dit résonnait dans ma tête et m’a permis de tout prendre le plus calmement possible. Sans fracas ni pleurs.

Je n’ai pas posé de questions. Je me souviens seulement avoir énoncé des vérités me concernant pour l’amener à m’en dire plus. Comme lui dire que je ne l’avais jamais trompé pour que lui puisse me dire s’il l’avait fait.

Tout cela pour comprendre. Pour savoir quel mal avait été commis. Je cherchais l’Erreur.

Mais dans cette histoire, il n’y avait vraisemblablement pas eu de mal ou d’erreur. Je ne lui avais juste pas manqué.

Je devais rentrer chez moi sans faire de détours. Mais j’avais besoin de marcher. Je n’arrivais toujours pas à pleurer et j’avais peur que tout se déclenche dans le métro. J’espérais pouvoir craquer dans la rue à l’abri des regards.

Mais je n’ai pas pu pleurer.

Je me suis alors engouffré dans les couloirs du métro. Et dans ce passage qui mène à la 13, j’ai suivi son conseil.

J’ai appelé quelqu’un. Pas n’importe qui. LE Quelqu’un. Celui qu’il m’a conseillé.

Et dans ce couloir de la Ligne 13, toutes les fins ont alors commencé.

La Convergence – Prologue.

Je me demande parfois si je suis le seul à avoir des années-clefs. Des années marquantes. Des points fixes dans ma Ligne de vie. Ma Timeline.

Parmi les dernières.

2002 et son Eté fait de rencontres.
2007 et le blog.

Et 2009. Les fins et les commencements.

Dans cette histoire. Une Fin a précipité toutes les autres. Comme si tout le reste n’avait tenu qu’à elle. Je l’avais innocemment appelée l’Accident.

Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’elle n’avait, en réalité rien d’un accident. Elle n’était finalement qu’un évènement parmi d’autres.

Un évènement qui allait également me permettre d’évoluer et de faire de nouvelles rencontres.

Un cycle s’achevait alors. Et un autre débutait.

Dix ans plus tard.
Où en sommes-nous ?

Les souvenirs entrent en résonance. Comme pour indiquer le prochain cycle.

Mais quel nouvel Horizon se profile ?

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