Revival

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Le rituel du mois des Fiertés.

Se poser en terrasse. Et faire tourner des têtes. Se faire draguer par un gars qui passait son chemin. Être maté par ce crâne rasé qui est deux tables plus loin. Voir les serveurs être tout sourire avec vous et vous lâcher des clins d’oeil. Se voir demander dix euros juste pour aller aux toilettes par un garçon qui voulait juste entamer la conversation avec vous. Des regards. Des gentilles attentions. Des messages privés sur Twitter pour me dire que l’on m’a aperçu et m’écrire des gentillesses.

C’était une belle journée. J’ai bu une bière et quatre cocas. Mon short n’avait jamais été aussi court. Et j’ai offert un sourire à tout le monde.

J’ai répété ce petit rituel quasiment tous les jours sur les deux premières semaines de Juin pour profiter du beau temps. Et me poser là où flottent les drapeaux arc-en-ciel.

Pour moi, deux fois par an, mes communautés m’appellent et je ressens le besoin de m’y fondre. Le Ramadan puis le Mois des Fiertés. Comme deux rendez-vous à ne pas manquer. Pour pouvoir faire partie d’un Grand Tout.

De recharger mes batteries avec les miens pour me permettre d’être qui je suis le reste de l’année.

Il me reste encore quelques jours.
Et qui sait, peut-être même que j’en profiterai tout l’été.

Je ne suis pas obligé de retourner hiberner/hiverner tout de suite.

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Il a neigé je t’aime aujourd’hui.

Il a neigé aujourd’hui. Des flocons. Puis plus rien. Puis des flocons à nouveau. Et plus rien. Grand soleil. Un petit évènement rare en ce début Avril.

Les Mardis, Jeudis et Dimanches. Je passe la soirée chez mes Parents. On tourne avec mes Frères pour couvrir un maximum la semaine. Décharger un peu notre Mère de l’Alzheimer de Papa. Et aider au mieux.

Être présents surtout.

Ce soir. En le couchant. Alors que je couvrais ses épaules avec la couverture. Mon Père m’a dit qu’il m’aimait beaucoup. Spontanément. Et c’est la première fois qu’il le dit comme ça.

Il a toujours été pudique sur ses sentiments. Et je me souviens que les seules fois où il se lâchait un peu c’était juste après nous avoir grondés quand on était petits. Il revenait vers nous et nous demandait de ne plus recommencer nos bêtises. Parce que ça lui faisait mal au coeur de nous punir – je parle des réprimandes parentales habituelles de parents maghrébins des années 90′ hein : la ceinture ou la chaussure.

Et puis, il a arrêté de nous gronder. Pour moi, c’était juste après mes neuf ans. Il me disait que c’était honteux qu’il m’engueule parce que j’étais grand maintenant. J’étais juste devenu plus grand que Lui et il considérait que j’étais un homme à présent. Plus un enfant.

Ce soir. Alors même qu’il ne se souvient pas toujours de mon prénom ni de qui je suis exactement – je suis tour à tour son fils, son frère ou un vieil ami d’enfance. Mon Père m’a dit je t’aime. Et ça aussi c’est exceptionnel.

Il a neigé je t’aime aujourd’hui.

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Delete Forever?

J’avais besoin de ces trois semaines de vacances.

A vrai dire. Peu m’importait l’endroit. Je souhaitais marquer une pause. Et ne plus penser. L’espace de quelques jours. A tout ce qui m’alourdissait.

Comme une fin de saison typique d’une série américaine prévisible. Une accumulation d’événements et de coïncidences me menait à une situation difficile à gérer.

J’étais épuisé. Et j’avais besoin d’un moment.

La situation anxiogène globale concernant le Virus. L’absence de vision claire. Des scènes du quotidien ressemblant maintenant à celles de films de science-fiction. Des masques partout. Tout le temps.

Le petit mal de tête autrefois anodin qui crée la panique et te pousse tantôt à ne pas faire la bise à tes parents vulnérables de peur de les infecter. Et tantôt à vouloir carrément t’isoler au cas où.

Mais tu ne peux pas t’isoler. Tu veux être là pour aider un maximum tes parents qui vieillissent. Parce que tu sais que ce n’est que le début. Et au détour d’une conversation, pour expliquer à une amie ce qu’est Alzheimer, tu mets finalement à haute voix des mots sur ce qui arrive à ton Père.

Chaque jour, il va perdre en autonomie. Et paradoxalement, chaque jour, il ira mieux que le lendemain.

Alors, oui. Tu souris aujourd’hui parce que pendant quelques minutes il t’a confondu avec un vieil ami et t’a demandé en quelle année tu étais arrivé en France. Mais quand ton sourire s’estompe, tu saisis aussi qu’un jour il n’y aura plus rien. Plus un seul souvenir. Ni de ce vieil ami. Ni de toi.

Tu habites le plus près. Et tu vis seul. Tu n’as pas (encore) lancé ta famille. Alors tu te dis que tu dois aider un maximum. Mais tu ne te reposes pas assez. Parce que tu crois comme toujours que tu es invincible et/ou sept personnes à la fois.

Et puis. Les nouvelles au boulot ne sont pas bonnes. Tes perspectives d’évolution au travail s’amoindrissent. Le virus a, là aussi, tout balayé. Et tu apprends quelques jours avant tes vacances que ça ne sent pas bon. Et que c’est bientôt la fin.

Tu souris et tu l’encaisses. Sans réellement en parler. Pour n’inquiéter ni les parents ni les proches. Tu te montres confiant. Tout ira bien. Et tu ranges ça très loin au fin fond de ton estomac là où tu caches tout habituellement.

Et la veille du départ. Tu demandes à une personne de ne plus te suivre sur les réseaux sociaux et de ne plus te contacter. Parce que depuis longtemps déjà tu ne saisis pas pourquoi toi. Pourquoi ces messages. Pourquoi ces interactions compliquées.

Et comme toujours quand tu dois être dur avec quelqu’un. Tu finis par avoir des remords. A imaginer le pire pour cette personne parce qu’il ne poste plus rien depuis. Et à t’en vouloir.

Mais la perspective qu’une personne que tu ne connais pas réellement ait accès à des informations privées, se souvienne en détail de choses sans importance que tu as écris il y a mille tweets, fait que tu t’assieds un instant au milieu de chez toi.

Et que tu te dises que tu dois tout couper.

Alors tu prends l’avion au petit matin et tu souffles un bon coup.

Et trois semaines plus tard, tu reviens.

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Mes Marches des Fiertés.

C’est la fin du mois des Fiertés. Et il a été plutôt fade.

Comme le Ramadan. Le Covid-19 a retiré leur saveur à mes deux rendez-vous annuels d’enfant stellaire*.

Pas de Marche des Fiertés en Juin cette année. Reportée à Novembre. Mais ce weekend, mes souvenirs des Marches passées sont venus me hanter comme pour me rappeler qu’elle aurait dû avoir lieu samedi dernier.

Je me suis souvenu de ma première Marche. En 2002. L’Euphorie de me retrouver entouré des miens mêlée à la tristesse de ne pas encore connaître de LGBT+. Je m’étais assis sur les marches à Bastille, seul, à observer la foule. Just a little more love de David Guetta dans l’air. Et c’est ce dont j’avais besoin. Juste un peu (plus) d’amour.

Je me suis souvenu de la Marche de 2007. Celle où j’ai rencontré Atypik. J’étais perdu dans la foule et n’arrivais pas à rejoindre le groupe des pédébloggueurs. J’étais désespéré et prêt à abandonner quand je l’ai finalement aperçu. Je lui ai alors directement pris le bras et lui ai dit « je ne te quitte plus ». Je ne le connaissais pas mais je me sentais si bien avec lui que je l’ai enveloppé de tendresse. Et en relisant le billet que j’avais écrit à l’époque, je dois admettre que j’étais immédiatement tombé amoureux de ce garçon.

En 2008, j’ai marché avec Peio. En 2009, Barry. 2010, Bradshaw. 2011, Djo et Les Filles. 2012, Cayetano et mes petits suisses préférés. Chaque année, je guettais aussi l’instant où j’allais pouvoir croiser le groupe de Matoo et profiter de l’occasion pour voir Jolies Lèvres.

Mais les Marches étaient devenues différentes. Je n’étais plus ce garçon qui ne connaissait personne. Je n’étais plus en manque d’amour. Je marchais maintenant avec l’Homme de ma vie. Et plus rien ne me paraissait plus extra-ordinaire que cela.

Je ne sais pas comment sera la Marche de Novembre. Mais, comme à chaque fois, j’aurai une pensée pour mon Moi-2002. Seul assis sur les marches de Bastille. Souhaitant se mêler. Se mélanger. Se fondre dans cette masse d’amours. Et je m’imaginerai lui envoyer un message. Ou juste une photo de Kévin Bacon et moi.

Marchant ensemble.

PS : j’ai aussi pris un énorme coup de vieux ces dernières années en ne reconnaissant pas ou peu les chansons qui passent sur les chars…

* Pretanama à tous les LGBT+ racisés et/ou croyants.

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Confinement of the Daleks.

Je suis donc strictement confiné depuis le 24 Mars. Je ne sors qu’une fois par semaine pour aller faire des courses.

Mes journées sont plus ou moins routinières. J’ouvre les yeux vers 8h22 peu importe l’heure tardive à laquelle je me suis couché. Sans doute à cause du soleil qui rentre dans ma chambre. Je les referme et me réveille beaucoup plus tard. Je traîne au lit. Je joue à Mario Kart sur mon téléphone. Je faisais même du sport avant le Ramadan. J’écoute de la musique en rangeant. Je cuisine. Je regarde de vieilles séries en dessinant. Et je me couche lorsque le soleil se lève.

En me connectant à Houseparty. J’ai eu l’impression d’être Clara Oswald lors de sa première apparition dans Doctor Who à l’épisode Asylum of the Daleks.

J’ai eu cette image de Clara. Seule. Répétant les mêmes gestes chaque jour. Jusqu’à l’apparition du Docteur sur son écran. Et je me suis dit que j’étais devenu Soufflé Girl.

Enfermé dans mon Dalek.

Lorsque j’écoute de la musique. Mon petit jeu. C’est de dire à haute voix le nom de la personne à qui elle me renvoie. C’est amusant et à la fois triste. Le fait d’avoir attribué, plus ou moins inconsciemment, des musiques à des personnes et/ou des moments.

Par exemple, je sais que chaque fois que Mariners Appartment Complex de Lana Del Rey passe, je pense à Barry. C’est comme ça. Pas autrement. Elle est sortie quand il nous a quitté.

Je n’ai pas pu écrire « mort ».

En fait. Chacun de mes Chagrins à au moins une chanson dans cette putain de bibliothèque iTunes. Je devrais en faire une playlist et la partager un jour.

J’ai dit Chagrins ? Je voulais dire Garçons.

Je suis dans mon appartement depuis maintenant 15 ans. Et j’en ai accumulé des choses. Alors j’ai décidé d’utiliser le confinement pour trier, ranger un peu et faire de la place. J’ouvre des boîtes cachées dans des placards. Et c’est un peu Schrödinger. Je ne sais pas si je vais sourire ou avoir le spleen en en voyant le contenu.

J’ai la sensation de découvrir une autre personne à chaque fois. J’ai retrouvé le fameux journal intime de 2002. Des brouillons de billets de blog énigmatiques et très durs. De vieux CD gravés avec des musiques oubliées, des vieux clips, des photos ou du porno. Une pile de très vieux Têtu. Des cartes postales et des flyers de soirées.

Des flyers de soirées… Mon Dieu je suis devenu un dinosaure.

Côté séries. J’avais déjà refait Six Feet Under, Sex and the City et True Blood avant le Confinement. Du coup, là, j’ai opté pour Desperate Housewives et j’ai très envie de faire l’amour avec Carlos Solis.

Il me fait penser à un oncle lointain sur lequel je fantasmais étant (très) jeune. Je l’imaginais s’allonger sur moi. Et ça suffisait à me faire décoller.

Il me fait aussi penser à Andy Onassis. Vous chercherez quand vous serez seuls chez vous. Lui, j’imagine même l’odeur de sa peau tant il m’excite.

Cela fait maintenant plus d’un mois que je suis enfermé.
Chez moi ou à l’intérieur d’un Dalek.

Et je crois qu’en fait, je ne mets pas uniquement de l’ordre dans mon appartement.